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Ecritures d'ailleurs

"En premier lieu, nous avons besoin d'un endroit familier où nous retrouver dans les moments difficiles, pour échapper à la confusion et obtenir le détachement nécessaire. Cet endroit n'est pas sur terre, c'est endroit universel beaucoup plus vaste que ne l'est la réalité quotidienne, c'est l'espace que nous apportent les cultures orales et les traditions Indiennes, c'est la place de l'imagination, de la créativité et du Rêve", dit le poète Gérald Vizenor. Béatrice Machet est allée à la rencontre de ces hommes et femmes écrivains, de leurs territoires du dire. Elle a publié une anthologie aux éditions de l'Amourier. Nous remercions Béatrice Machet d'avoir autorisé Chantiers.org à mettre en ligne plusieurs extraits de son ouvrage. Ils donnent un aperçu de la richesse du livre.

Lettres d'Amérique

Jack Kerouac

New York par Claude Simon

Cinq poètes amérindiens

présentés par Béatrice Machet

 

Au sommaire de cette anthologie

De la nation Esselen : Deborah Miranda

Du pays Anishinabe : Gerald Vizenor

D'origine Mohawk et Seneca : Maurice Kenny

De la tribu Choctaw : John D Berry

D'Origine Cherokee : Diane Glancy

 

De la nation Esselen : Deborah Miranda

Sa famille maternelle d'origine juive et française, son père d'origine indienne Chumash/Esselen, font de Deborah Miranda une métis. Elle est membre de la nation Esselen de Californie car comme beaucoup d'autres auteurs sangs-mêlés, bien que ne reniant pas les apports, bons et mauvais, de son héritage Européen, elle se sent avant tout Indienne. Ses poésies ont été publiées dans des journaux et magazines, dans des anthologies de poésie, avant d'être publiées par la maison d'édition de Joseph Bruchac, The Greenfield Review press. Son recueil Indian Cartography a obtenu le prix des auteurs Indiens d'Amérique du Nord appelé prix Diane Decorah en mémoire de cette femme indienne qui avait toujours aidé et supporté les autres écrivains Indiens.
Dans ses spanerses carrières, Deborah Miranda était étudiante, femme de ménage, professeur pour des enfants handicapés. Elle participe à la revue The Raven Chronicles dirigée par le poète Philip Red Eagle à Tacoma dans l'état de Washington où elle a préparé un diplôme universitaire d'Anglais. Cette jeune femme possède une écriture très émouvante qui témoigne bien des forces vives des peuples Indiens, en une démarche de guérison et d'espoir qui est aussi une continuation des luttes pour la survie de ces peuples.
"Deborah Miranda est une courageuse , une importante nouvelle voix venue dans la littérature Californienne et Indienne." Janice Gould.



Eveil

" la beauté de l'obscurité consiste en ce qu'elle vous laisse voir "
Adrienne Rich

L'obscurité est ma sœur
l'aînée
qui m'apprend des chansons
et connaît les constellations
lancées au dessus des
montagnes noires au doux parfum.
L'obscurité est mon frère
le plus petit
qui me demande de tenir
sa main brune et carrée,
effrayé de sa propre couleur,
sans mère, il veut de l'amour.
L'obscurité est ma patrie
mon origine, ma tombe -
toute l'histoire dont j'ai besoin.
Quand je tresse mes cheveux
toutes les tribus récitent les généalogies
entre les mèches.
C'est bon
de savoir où est ma place
et de suivre toutes les pistes
encore et encore
pour trouver ma voie
en écho, le goût d'une odeur de rivière
et de brise
qui ne dépend pas de la lumière
pour trouver les os de mes ancêtres :
chaque membre robuste
est proche de mon ombre.
Ici dans le noir
nation de mon corps
j'ai toujours un foyer.

© texte extrait de Indian Cartography édité par la Greenfield Review Press

Du pays Anishinabe : Gerald Vizenor

Il vit à Berkeley, en Californie, où il est professeur à l'université, il vit donc loin du pays Anishinabe (que les colons Américains nommèrent à tort Chippewa) qui l'a vu grandir. Il est membre de la réserve Blanche Terre (White Earth) située dans le Minnesota. Gerald Vizenor est reconnu pour être un auteur aux multiples facettes : romans, nouvelles, poésie dont des Haïku, s'ajoutent à son travail sur les récits Anishinabe. C'est un homme qui a voyagé en Chine et au Japon, il est traduit en Italien, en Allemand et en Chinois. Il est à la fois très enraciné dans la culture Anishinabe, autant qu'un homme sans racines dont l'esprit est toujours en mouvement parce que la vie n'est pas statique, dit-il, et qu'il serait bon philosophiquement de défoncer les routes, de faire exploser toutes les boites et de refuser les limites et les bornages, non avec l'idée de transcendance mais dans l'esprit du comique. "Il a un sens de l'humour, de l'ironie très prononcé et qui se manifeste à chaque instant, qu'il parle ou qu'il écrive" dit de lui Joseph Bruchac. Gerald Vizenor explique sa démarche ainsi : "L'aventure de vivre, de survivre est une chance, et pourtant cela est entre les mains du destin, cela est une situation comique. Le tragique s'occupe de construire des musées, des monuments, s'occupe d'établir des institutions, de déguiser la mort, et c'est un mouvement qui oppresse car il veut tout contrôler. Ce n'est pas ma façon d'aborder la vie, pour vivre comme il me semble bon de vivre, il faut abandonner ces données et les unités de mesures sociales. En premier lieu, nous avons besoin d'un endroit familier où nous retrouver dans les moments difficiles, pour échapper à la confusion et obtenir le détachement nécessaire. Cet endroit n'est pas sur terre, c'est endroit universel beaucoup plus vaste que ne l'est la réalité quotidienne, c'est l'espace que nous apportent les cultures orales et les traditions Indiennes, c'est la place de l'imagination, de la créativité et du Rêve. Là vous trouvez tous les matériaux, tous les outils qui vous permettent de vous situer sur terre. Garder le contact avec cette réserve de rêves vous permet de tenir, de vous soutenir quand les réalités physiques et émotionnelles sont perturbées. Porter cet espace du rêve dans son esprit permet de ne pas souffrir des déséquilibres et de rétablir l'harmonie en soi".
Dans son travail d'écriture, Gerald Vizenor dit vouloir exercer la bonne pression au bon endroit et au bon moment (grâce à des métaphores et néologismes), cela permet de convaincre le lecteur, "c'est ce qui conclue, caractérise et signe mon travail". Cela fait référence aux figures de Coyote et de Farceurs traditionnels aussi bien qu'à des thèmes asiatiques. Ce qu'il recherche chez un écrivain c'est l'attitude révolutionnaire qui crée une rupture dans les valeurs culturelles et sociales, il y a du "medecin-man" ou woman dans l'écrivain dit-il, et c'est un rôle de farceur, le mien est compassionnel et comique. "Je pense que le degré le plus élevé d'un être humain est d'être capable de voir inspaniduellement ses propres folies, c'est à dire voir ce qui nous aliène et pouvoir le casser soi-même."
De nombreux animaux apparaissent dans ses récits, il dit être frappé par notre malaise d'humain à vouloir toujours prouver notre supériorité sur le reste de la création (d'où les expressions négatives comme langue de vipère, sale comme un cochon...) L'animal qui lui semble le plus extraordinaire est l'ours pour sa puissance et son comportement très proche de l'homme. Galdway Kinnel a écrit un fantastique poème intitulé "l'ours" où il montre que l'hibernation peut être comprise à l'échelle humaine comme le moment ou la personne, l'image que l'on a de soi qui nous fait jouer un rôle en permanence, se met au chaud quand il gèle dehors. Ainsi l'observation animale nous apprend et nous révèle notre propre condition humaine. "Les Européens ont célébré les récits de voyages et de conquête, la soi-disant découverte. Chez les médiévaux orientaux, l'objet du voyage était de confirmer ce qui existait déjà, de renforcer les racines de la mémoire culturelle, c'est aussi la mémoire visionnaire actuelle des Indiens, ils ont le même sens du voyage existentiel. Ce que je vois arriver maintenant dans la littérature Indienne, ce sont les références de plus en plus sophistiquées, des expériences qui ont trait aux événements traditionnels. Mais qu'est ce que la littérature Indienne ? Pour moi le contenu doit suggérer quelque chose de différent que j'appelle "vérisme mythique". La vérité mythique, quelque chose de vivant dans le travail écrit et qui délivre une vérité. Cela vient de l'utilisation métaphorique traditionnelle de l'énergie et des références. N. Scott Momaday (auteur Kiowa) le possède, Leslie Silko ( auteur Pueblo Laguna ) aussi. Il n'y a pas de limites pour faire référence aux événements tribaux et traditionnels. Et ce n'est pas le discours qui compte mais comment un personnage par son attitude, apporte cette vérité mythique. Pour moi c'est l'attitude comique. Cela a à voir avec les façons dont les tensions, dont les problèmes de temps, sont résolus; comment le sens communautaire de la survie, comment l'esprit comique s'empare de l'imagination. Tout cela est subtil, aucune guerre n'est déclarée, aucun manifeste ne se dégage. Vous pouvez trouver un esprit comique dans toutes les littératures, mais elles n'ont pas les mêmes caractéristiques que dans la littérature Indienne".
Le travail poétique de Gerald Vizenor , essentiellement des Haïkus, respecte et va dans le sens de la tradition Chippewa des chants des "rêveurs".

Automne

Réserve White Earth Minnesota (réserve des Indiens Chippewa)
brise d'octobre
les volets d'avant en arrière
papillons de nuit

Clear Lake Minnesota
la lune farceuse
s'attarde à l'épouvantail
couronne princière


Hiver

Kyoto Japon
des flocons géants
incendient la tasse de thé
temple Bouddhiste

ST Paul Minnesota
d'imposants flocons
glissent sur la baie vitrée
dentelle Indienne


Printemps

Oakland Californie
La lune de mars
miroite sur les trottoirs
traces d'escargots

White Earth Minnesota
monceaux d'écume
en aval de la cascade
silence des flots


Eté

Clear Lake , Minnesota
un grand héron bleu
debout dans les basses eaux
un chat sur le quai

Seven Pass, Californie
un merle d'eau
plonge dans un torrent froid
hors d'haleine

© extraits de Envol de grues. Cranes Arise Haïku scenes, édité en mai 1999 par Nodin Press Minneapolis, Minnesota , U.S.A.

D'origine Mohawk et Seneca : Maurice Kenny

Né en 1929 entre le fleuve ST-Laurent et les blacks rivers, Maurice Kenny vit à Saranac Lake, dans le nord de l'état de New-York. Il a co-édité le journal de poésie Contact II, il est aussi le directeur des éditions Strawberry Press qui publient des auteurs Indiens, ainsi que le directeur du magazine Many Moons. Il a longtemps collaboré à des études sur la littérature indienne et notamment pour Akwesasne Notes. Il est souvent invité dans les universités et dans les centres d'art en tant que poète, soit pour enseigner, soit pour dire sa poésie. Il a été récompensé par des distinctions littéraires Américaines dont le prestigieux American Book Award pour son ouvrage The Mama Poems; Wendy Rose, poétesse, enseignante, et critique de poésie Indienne dit de lui : "Quelques auteurs, quelque soit leurs origines ethniques, sont destinés à rester dans la mémoire des courants littéraires de l'histoire; je pense que la contribution de M. Kenny en tant que poète est de rester un auteur phare de cette génération. Il écrit au centre, comme nos anciens l'auraient dit."
D'origine Mohawk et Seneca, M. Kenny est très attaché à sa culture Iroquoise. Mais il avoue que l'auteur qui l'a mis sur la voie de la poésie fut Dylan Thomas. "Pour moi il était parfait, c'est à mes yeux le plus grand lyrique du vingtième siècle, c'était un chanteur. Ayant de plus vécu, lui et sa famille, dans la pauvreté, bien que reconnu et publié, son histoire me touche car je suis sensible à ceux qui comme nos peuples, ont eu faim." … "De treize à dix sept ans, Whitman m'a influencé, car sa façon de rythmer, le débit de son discours et sa façon d'être lui aussi un chanteur m'attirait." (citation extraite de "survival this way" de J. Bruchac dans la collection Suntracks books, University of Arizona Press)
Maurice Kenny dit essayer d'écrire selon la tradition orale, selon la tradition Indienne et plus spécifiquement Iroquoise. Il n'aime pas le terme de poème qui pour lui fait référence à des règles de versification et à ses années d'études. Il veut évacuer ces notions qui l'encombrent. Il préfère parler de pièce, ou de morceaux, certains de ses travaux sont construits selon le modèle des chants et danses sociales pratiquées le samedi soir dans les longues maisons Iroquoises. Il affirme n'être pas un auteur narratif. Il a également écrit un ouvrage (I am the sun) construit selon le thème de la danse des fantômes en hommage à la nation Lakota (Sioux) pendant l'occupation du site de Wounded Knee en 1973, et qui véhicule toutes les colères et toutes les frustrations ressenties par les peuples Indiens.

Apache

Guerrière à la Yamaha
hôte des chênaies sauvages
dans la nuit enfumée
toi rescapée de la réserve
de ses regards et de ses lois ….
tes doigts plein de gentillesse
retournèrent les draps …..
Guerrière aux tresses
avec des mots melons
tu fis taire les hululements
et laissa toute appréhension
dans le wicki-up
ta bouche de la couleur
des couchers de soleil en Arizona
ton corps impatient
plus impatient que le lézard se glissant
sur les rochers du désert …
Apache qui compta un coup sur un Mohawk
et quitta le lit victorieuse.

Wicki-up : abri traditionnel fait de branchages des Apaches lors de leurs déplacements.
Compter un coup : les indiens avant l'arrivée des blancs, n'avaient pas de mot dans leurs langues pour désigner la guerre. Les affrontements se réduisaient à des escarmouches pendant lesquelles le guerrier devait montrer sa bravoure et son habileté en comptant un coup sur "l'adversaire". C'est à dire à l'aide d'un bâton à bout rond toucher celui-ci.

© Texte extrait du recueil "Between two rivers", édité en 1987 chez White Pine Press

Les jours de l'amitié à Akwesasne

Pour Francis

Après-midi humide sur les bords du St-Laurent,
des femmes pagaient sur la rivière dans leurs canoë de course.
Gavé de pain frit, de soda ,de tarte chaude
à la fraise et la rhubarbe
je trébuche sous la charmille de cèdre et
m'installe pour écouter le tambour et les chants.

Des Mohawks costumés encerclent une "stomp-dance".
Je prends place sur un banc près
d'une vieille femme avisée qui demande en Mohawk
ce que je fais. Avec mon petit sac en bandoulière
à l'épaule gauche, j'imagine que je dois l'admettre
"Je suis écrivain " dis-je tout en sourires
"quel genre" ? demanda-t-elle vraiment curieuse,
un poète répondis-je fièrement...
A cela elle offrit un grognement
se leva et partit ronchonner plus loin.

Bien... Peut-être avait-elle raison.

© Texte extrait du recueil "Humours and/or not so humerous" édité par Swift Kick n° 7/8

De la tribu Choctaw, John D Berry

De descendance Choctaw et Cherokee, avec du sang Irlando-Ecossais, natif d'Oklahoma où ses ancêtres ont toujours vécu, âgé de 48 ans, il se dit "écrivain et poète occasionnels". Son appartenance tribale est Choctaw. Il veut avant tout être digne du titre d'être humain en tant que fils, père et mari. Il a étudié l'anthropologie et l'archéologie. Il est actuellement bibliothécaire à l'université de Colombia dans le Missouri et fait office de directeur assistant des services académiques pour l'université d'état d'Oklahoma (le département des diplômes). Il a été élu par ses pairs président de l'association des bibliothèques indiennes d'Amérique. L'année 1999-2000, il fut également élu président, pour trois ans, de l'université indienne d'Oklahoma. Il participe aux danses et cérémonies rituelles de la tribu et connaît les rudiments de sa langue.

Artefact

Seul j'existe,
sans l'odeur de la sauge,
ou du tabac sacré.
Ni sans la fumée qui s'élève.
Seul je m'assieds
sans la calme sécurité
de la protection du cèdre,
ou sans la caresse du soleil.
Seul j'existe,
sans le son du tambour
ou la voix des cérémonies,
sans avoir rempli ma tâche.
Seul je m'assieds,
sans comprendre
dans le grand entrepôt
appelé Musée.
Seul je vis
isolé de mon peuple,
j'attends de rentrer à la maison.


Acier

Il y en a encore pour dire
que les Indiens sont stoïques
avec un regard d'acier.
Vous aimez les stéréotypes, non ?
Pourtant nous ne connaissions rien de l'acier
jusqu'à ce que vous débarquiez avec épées et fusils
plus la cruauté, il y a si longtemps déjà.
Si l'acier fait désormais partie de nous
et qu'il vous regarde parfois
ou bien qu'il vous parle, vous étonnez-vous du pourquoi ?
Mélangés dans le creuset
de vos politiques
dans le melting-pot des règles policées,
casés dans vos moules
grâce aux écoles Indiennes,
et travaillant de huit à dix-sept heures dans la journée,
durcis sur l'enclume du colonialisme
dans la forge du génocide…
L'acier que vous avez fabriqué
fut trempé
de notre propre sang.
Tempéré par cinq cents ans
de racisme, de haine
et de pleurs.
Est-ce une surprise si certains,
au travail, ou dans la rue,
ne peuvent pas nous regarder dans les yeux
ou ne peuvent pas entendre nos propos ?
Peut-être devraient-ils regarder plus profondément,
écouter plus attentivement, car il y a d'autres choses
plus anciennes et plus résistantes
que le simple acier.
Rejoignez le bord de l'eau et regardez dans les yeux ceux-là même qui s'y reflètent
dites-moi alors , que voyez-vous d'autre ?
Ecoutez votre monde , qu'entendez-vous d'autre ?

D'origine Cherokee, Diane Glancy

Née en 1941, à Kansas City dans le Missouri d'un père Cherokee et d'une mère de descendance Anglo-Allemande. Elle a été longtemps une artiste en résidence pour le State Arts Council d'Oklahoma. Plusieurs de ses livres relatent cette expérience. Aujourd'hui elle enseigne au Macalester College de St-Paul dans le Minnesota, où elle est professeur dans le département d'Anglais. Elle enseigne la poésie, l'écriture et la création tant dans le domaine de la fiction que dans celui des scripts ou du théâtre. Elle donne des cours et anime des séminaires de littérature Indienne .
Elle a reçu de nombreuses récompenses, prix et distinctions pour ses écrits poétiques comme pour ses récits de fiction ou ses écrits théâtraux.


Sans titre

pour mon père qui a vécu sans cérémonie.

C'est dur vous savez sans bison ,
sans chaman, sans flèche,
malgré tout mon père partait chaque jour chasser
comme s'il jouissait encore de tout cela.
Il travaillait dans les abattoirs.
Toute sa vie il nous a rapporté de la viande.
Personne n'a célébré son premier abattage,
Personne n'a chanté son chant du bison.
Sans avoir fait une quête de vision il a émigré vers la ville
et partit au travail dans une conserverie de viande.
Quant il apportait à la maison les peaux et les cornes
ma mère disait
débarrasse nous de çà.
Je me souviens des empreintes d'animal que laissait dans l'allée
sa voiture en reculant dans la neige ou dans la boue,
l'antenne de sa vieille voiture,
vibrante comme la corde d'un arc.
Je me souviens du silence qu'émettait son pouvoir perdu,
le bison rouge peint sur sa poitrine.
Oh, je ne pouvais pas le voir
mais il était là, et dans la nuit j'entendais
ses grognements de bison comme autant de ronflements.


Si les Indiens arrivent
rien ne commencera à l'heure

Il en faut du temps
pour que l'esprit des Indiens et du Bison
traversent la grand-route.
C'était leur territoire.
Ils reniflent l'odeur de l'herbe
et attendent que le vent leur apporte des jambes de chair.
Les esprits des Indiens et du Bison ne traversent pas
la route facilement.
Suivre les voies
invisibles qu'ils empruntent
prend du temps.
Ils luttent dans le nouveau monde qu'ils subissent.
Les os doivent être complètement nettoyés de leurs chairs et les peaux tannées.
Il faut faire des offrandes au Grand-Esprit.
Il faut du temps
pour s'habituer à l'Espoir, il brille comme la surface d'Onion Creek.

© Textes extraits du recueil Iron Woman, édité en 1990 par les éditions New Rivers Press, Minneapolis, état du Minnesota.

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