Eluard et Bousquet par Alain Freixe
"Il y a si longtemps, oui, mais c'est
pour si longtemps"
Paul Eluard (1)
Mesdames, Messieurs,
en 1962, dix ans après la mort d'Eluard, les Cahiers du Sud publièrent un fronton - Apprentissage d'Eluard (2) - dans lequel on pouvait lire, présenté par Robert.D Valette, un choix de ses lettres de jeunesse (1919-1920). Dans sa préface, L'heure sonne, Jean Tortel développait deux idées dont je partage le souci.
La première légitimait la recherche "précise", "poussée", "scrupuleuse" de tout ce qui - "Brouillons, lettres, esquisses, épaves" - pouvait concourir "à dresser la future image" d'un poète, étant entendu que "la recherche est un autre regard (...) sur le poème, et qui vient après le regard ébloui".
La seconde concernait ce qu'il appelait "l'instant décisif du poète", à savoir celui de "sa naissance à la parole", étant entendu que "chacun a sa manière à lui de se trouver" et que "nous voudrions savoir comment ça se passe pour chacun".
Vous avez là le sens, j'entends la direction, les deux voies de mon exposé telles qu'elles se sont fait jour après bien des errances. Que je vous dise aussi qu'elles ne s'enchaînent qu'à la faveur d'une aporie, d'un embarras de passage. En effet, à suivre la première idée de Jean Tortel, j'ai fini par déboucher sur une impasse - échec dont je vous narrerai les étapes, ce qui nous permettra, au moins, de faire un état des lieux de ce dont nous disposons - fort peu de choses, en vérité ! - au sujet des rapports qu'entretinrent Eluard et Bousquet. Pourtant, cet échec finit par être l'occasion d'une hypothèse dont je m'efforcerai de légitimer la validité concernant le rôle d'Eluard et de son amitié dans la vie et l'oeuvre de Bousquet, de telle sorte que l'évocation de cette amitié soit ma contribution à l'hommage rendu à Eluard pour ses cent ans.*
Depuis une dizaine d'années, je me trouve engagé - et même si ce ne fut jamais exclusivement, ce fut souvent prioritairement - dans un travail sur la vie et l'oeuvre de Joë Bousquet. Ainsi ai-je pu proposer quelques articles à Mme Colette Guedj pour la revue Les mots La vie du groupe Paul Eluard, moins pour l'espace éditorial qu'offre toute revue que parce que les vers d'Eluard d'où vient ce titre - "Les mots la commune mesure / Entre les hommes les mots la vie" (3) - sont à eux seuls comme le précipité où se laisse lire toute la vie de Bousquet. Sa seconde vie, d'abord, celle d'après la blessure reçue le 27 mai 1918 près de Vailly, sur le front de l'Aisne : une "abeille de plomb" perforant les poumons, pinça la colonne vertébrale et "la mort vint toute seule, s'en alla toute seule et celui qui aimait la vie resta seul" (4) , vers d'Eluard dont j'aime à imaginer que, d'une manière insue, Bousquet n'en est pas totalement absent. Paralysé des membres inférieurs, véritablement tombé du lieu, Bousquet, à l'exception de quelques déplacements : vacances estivales à La Franqui, près de la mer, ou à Villalier, près de Carcassonne; courses un peu folles dans la Bugatti de son ami James Ducellier, ne quittera plus sa chambre du 53 rue de Verdun.
Sa troisième vie, ensuite, celle d'après la déclaration de guerre du 3 septembre 1939 qui le vit revivre le drame de sa blessure de 1918. Rejeté aux portes de la mort - la moelle ayant à nouveau saigné - la vie le reprit bien mystérieusement, l'invitant à renaître, mais différent. Ce changement, il l'annonce dans sa lettre à Eluard du 1 février 1938 (5) , témoignant par là de cette "confiance absolue" que lui réclamait ce dernier, comme gage de leur amitié naissante, le 5 mars 1928 (6) : "Vous serez le premier à connaître (le) changement total qui va se produire dans mon comportement d'écrivain" (7) . Si ce changement se préparait dans ce "travail de dingo" (8) , comme il le dit à son ami Jean Ballard, directeur des Cahiers du Sud, travail qui l'occupa durant toute l'année 1938 et qu'il présente comme "une entreprise de liquidation", à savoir la mise au point de trois ouvrages : Le passeur s'est endormi, Le mal d'enfance (dédié à Paul Eluard) et Iris et Petite-Fumée, ce changement pour être effectif devait passer par la loi vivante du corps, tant, chez Bousquet, la vérité ne se donne jamais que dans une incarnation.
Cette seconde et cette troisième vie sont, à partir de points de vue qui différeront sur le rapport entre la blessure et la littérature, un abandon volontaire à l'écriture, comme s'il s'agissait pour celui qui habitait un corps en ruines de dresser au-dessus de ces décombres, à la lettre, un nouveau corps. Donnant ainsi la main à l'inconnu qu'il devenait chaque jour, Bousquet produisit une oeuvre, inclassable dans l'ordre toujours exact de la littérature, tant sa voix s'est plu à mêler tous les genres : poésie, romans, contes, articles critiques, aphorismes, journaliers divers où tout se mélange... écriture en crue où se noie toute idée d'oeuvre achevée, sous le flux de la vie - vie dont on n'oubliera pas qu'elle portait la mort comme logée à demeure - écriture vouée à la perte dans l'entrelacs de ses multiples cahiers que seules les couleurs, souvent, différenciaient, si l'amitié ne l'avait pas arrachée au silence. Inutile de faire ici défiler l'ombre sans substance de noms propres - d'autant que nous en croiserons certains en cours de route - qu'il suffise de savoir qu'y figurent ceux qui marquèrent les années 1920-1950, tant en matière de littérature que de peinture, et qu'Eluard y occupe une place privilégiée, la première.
Comment ne pas rendre hommage à l'amitié ? J'acceptai donc de participer à ce colloque me souvenant de ce que Bousquet écrivait à Max Ernst - et qu'il aurait pu aussi bien écrire à Eluard, nous le verrons - le 10 mars 1949 : "Je voudrais que l'on ne puisse parler de l'un de nous sans penser à l'autre" (9) . Je ferai, c'était entendu, un Eluard et Bousquet !
D'autant que, je puis le dire aujourd'hui, j'avais une idée de derrière, même s'il me faut ajouter que c'est elle qui connut l'échec évoqué dans mon introduction, car pour ce qui se tenait devant, je savais à peu près à quoi m'en tenir.
Je connaissais, bien sûr, les lettres à Joë Bousquet d'Eluard (10) , et je savais que je n'aurais pas grand chose à ajouter, sur le fond, à la très belle préface de Lucien Scheler, ni à ses notes toujours très justes, à quelques nuances près.
Je connaissais également le livre de Robert-D Valette "Eluard, Livre d'identité" (11) , dans lequel on trouve, d'une part, deux cartes postales de Bousquet à Eluard de 1938, dont l'anticléricalisme et l'antipatriotisme sont d'une violence rare et où l'on peut trouver comme un écho à la première Critique de la poésie d'Eluard : "C'est entendu je hais le règne des bourgeois / le règne des flics et des prêtres" (12) , vers que je cite parce qu'ils appartiennent au seul poème de La vie immédiate (1932) qu'il reprendra en 1952 dans ses Poèmes pour tous (13) . Et, d'autre part, une lettre de l'été 1940 de Bousquet à Eluard, dans laquelle, accusant réception d'une lettre de ce dernier lui annonçant sa venue, il lui dit : "tous nos amis ont appris avec joie que vous viendrez nous voir et que Nusch serait avec vous". "Tous nos amis" puisque, depuis le printemps, l'exode avait poussé jusqu'à Carcassonne les Gallimard, Benda, Paulhan - La NRF, en somme - les belges : Ubac, Scuténaire, Magritte; mais aussi Aragon et Elsa Triolet (14) , et d'autres...
Je connaissais aussi la lettre du 17 septembre 1943 d'Eluard à Bousquet que Lucien Scheler avait publiée dans son livre La grande espérance des poètes 1940-1945 (15) . Comme Eluard y parle de La clef (16) de Paulhan, je pense qu'on peut en déduire qu'il répondait à une lettre de Bousquet dans laquelle celui-ci devait lui exposer son projet de numéro spécial des Cahiers du Sud sur la poésie moderne, conçu courant 42, numéro qu'il voyait non seulement comme un manifeste "avec large recul et évolution du langage poétique Eluard-Paulhan-Roussel", selon les termes de sa lettre à Paulhan de début 44 (17) , mais aussi comme "le livre de l'amitié" (18) . Ce projet ne vit jamais le jour et fut remplacé, "de la main gauche" dira Bousquet à Paulhan, par le fascicule Poètes Contemporains (19) , recueil d'articles de Léon-Gabriel Gros.
Je savais, par ailleurs, que je ne mettrais pas, en quelques six mois, la main sur les lettres, cartes et photographies d'Eluard manquantes. Ensemble, pourtant, dont l'importance n'échappera à personne si l'on se souvient, d'une part, que Bousquet en parle comme d'un "petit trésor" qui "(demeurera) comme le témoi-gnage de ce que peut le génie quand il se met à parler la langue du coeur" (20) et, d'autre part, qu'Eluard répète sans cesse dans les lettres que nous pouvons lire grâce à Lucien Scheler, "qu'il n'écrit à personne et à personne de cette façon" (21).
Je savais aussi que je ne trouverais pas celles de Gala Eluard, ni surtout celles de Bousquet dont on peut imaginer non seulement le nombre, tant les lettres furent pour lui comme autant de liens qu'il tissait à travers ses amis avec la vie, mais encore l'importance, si l'on en juge par celles qui, à ce jour, nous sont connues : soit deux lettres et deux cartes postales !
Je connaissais, je savais et, pourtant, j'espérais. J'espérais, sourdement et un peu follement, pouvoir présenter à ce colloque un exposé dans lequel j'aurais commenté un long article de Bousquet sur Eluard, article rédigé fin 48-début 49.
Retrouver et commenter ce texte, telle était mon idée de derrière, non entièrement dénuée de fondement puisque j'en avais trouvé trace dans trois lettres de Bousquet, publiées dans le volume Correspondance, paru chez Gallimard en 1969. La première est de janvier 1949 et est adressée à Max Ernst : "Je viens d'écrire 30 pages sur Rimbaud et un article plus long sur Eluard. Je veux mettre au point ce qui n'a été encore qu'effleuré ; l'orientation donnée, sous le nom de surréalisme, par toi, par Eluard, sonorisée par Breton, et assez efficacement appuyée par lui" (22). La deuxième, toujours de janvier 1949, est adressée au poète Gaston Puel, à qui Bousquet déclare que "malgré les crises de fièvre qui se répètent" il "(a pu) écrire un Rimbaud - qui paraîtra à Critique - un Eluard - je vais continuer par un Breton - le plus important Char. Enfin, un éditeur m'a commandé un livre sur Max Ernst" (23). La troisième, enfin, au même, est datée du 11 mars 1949 : "J'ai ma dernière course à courir. J'ai corrigé les épreuves du Rim-baud (24). L'Eluard est envoyé. J'ai tout Breton à reprendre et un texte très important à écrire sur lui (25)".
L'importance de ce texte sur Eluard - "plus long que le Rimbaud" et "envoyé" - pour apparaître bien clairement demande qu'on le mette en perspective et le situe par rapport à quelques faits déterminants.
Le premier est que Bousquet devait tenir à ce texte pour deux raisons au moins. D'abord parce qu'il en formule la nécessité à plusieurs reprises. Ainsi, dès 1938, il déclare à Ballard : "Je tiens à écrire un jour un essai sur Eluard", et parlant d'un sentiment d'admiration réciproque, il ajoute : "J'ai beaucoup à écrire là-dessus". Il y revient, entre novembre 1941 et janvier 1943, dans Le livre heureux où, parlant d'Eluard, il note : "Il n'y a jamais qu'un poète vivant, sa chanson cache sa vérité qui est celle de tous. J'écrirai cet article (26)". Ensuite, parce qu'il devait correspondre parfaitement à l'idée qu'il se faisait d'un article critique et, donc, du rôle d'un critique qui devait, selon lui, comme il dit à Ballard, fin 36 : "dégager des valeurs, créer lui aussi, en éclairant à travers la production contemporaine, certaines constantes autour desquelles s'organise la vie de l'esprit" afin d'y "voir, sous la pensée, de la vie en formation".
Le deuxième fait consiste à bien prendre en considération le jugement que Bousquet portait sur Eluard, jugement sur lequel il ne reviendra jamais, à savoir qu'il était le plus grand poète de ce temps comme en témoignent les références non-exhaustives jointes en annexe.
Le troisième, enfin, se laisse deviner si l'on considère la date même à laquelle Bousquet écrit son article. En effet, le moins que l'on puisse dire est que depuis 1945, il a été amené à prendre des positions bien éloignées de celles d'Eluard. Nous nous contenterons d'en donner juste une idée en convoquant deux noms.
Paulhan, d'abord. Si Bousquet est en relation avec celui-ci depuis 1929, leurs rapports vont se resserrer à partir des années 1939-1940, à tel point que c'est à Paulhan que l'on doit Traduit du silence qui paraît chez Gallimard en 1941, puisque c'est lui qui tira ce texte d'un manuscrit "qui (avait) dix huit cent pages de plus", si l'on en croit l'aveu de Bousquet à Ballard en mars 1942, et qu'il lui offrit lors de son séjour à Carcassonne durant l'été 1940. On lui doit également les poèmes de La connaissance du soir (27) , puisque c'est sous son influence que Bousquet écrira ces poèmes rimés. On lui doit, enfin et même si c'est de manière indirecte, Les capitales (28), long et difficile débat philosophique sur les positions de Paulhan en matière de langage à partir des maîtres du moyen âge : Ramon Lull et Duns Scott. Aussi, lorsqu'en 1947, Paulhan publiera sa Lettre aux membres du Comité National des Ecrivains sur la liste noire - CNE où Eluard défendait des positions de grande sévérité - lettre dans laquelle il déclarait ne vouloir être ni justicier, ni dénonciateur, Bousquet qui, par ailleurs, a toujours eu le pouvoir en horreur, qui s'est toujours déclaré "contre ceux qui donnaient les places ou les immunités" (29), qui vivra aussi mal que René Char cette période d'épuration donnant "le spectacle d'une poignée de petits fauves réclamant la curée d'un gibier qu'ils n'avaient pas chassé (30)", apportera son soutien à Paulhan, comme en témoigne cette lettre à Jean Mitsler du 25 janvier 1948 : "N'oublie pas que l'attaque pour réintégrer les épurés a été amorcée et conduite par Paulhan et qu'il m'écrivait il y a huit mois à peine : nous ne sommes que deux à soutenir le point de vue. Breton, avec qui je venais de reprendre contact, s'est aussitôt rangé à nos avis" (31).
Breton, voilà le second nom. Le rapprochement de Bousquet et de Breton date d'avant le retour de celui-ci en France au printemps 1946. Dès l'année 1942, Bousquet fait part, très souvent, à Ballard de son inquiétude au sujet de la production poétique. Il se dit, par exemple, "terrifié devant l'inondation poétique qui menace de nous submerger" (32). Certes, de cette "poésie-écho", de ces "voix réverbérées" qui se nourrissent, selon lui, plus de pensées que de vie, il exclut Eluard, demandant, dans une lettre de mai 1942, à Ballard de reconnaître "le génie d'Eluard à sa sérénité actuelle (...) rien n'est plus immense que cet hymne d'Eluard à la liberté" (33). Il n'en reste pas moins que ce sera le flot même de cette "poésie-écho" qui puisait, selon lui, son inspiration dans des faits accomplis et non dans la lumière close qui serait la vie de demain, qui l'amènera, fin 1944, à envoyer un texte à la revue Confluences - texte que Tavernier, son directeur, ne publiera pas - dans lequel Bousquet réclamait le retour de Breton. Il évoquera le contenu de ce texte dans une lettre à Ballard en ces termes : "Nous avons besoin de son intransigeance. La valeur civique ne doit plus suffire à classer un écrivain. Je me refuse à engager derrière mon adhésion au progrès social la poésie inconnaissable que je sers." Un an plus tard, Bousquet avouera à Max Ernst : "J'ai lu les textes de Breton publiés à Alger. J'en signe toutes les pages, toutes les lignes, toutes les notes (34)". Durant toute l'année 1946, Bousquet ne cessera de dénoncer le fait que "les impératifs politiques tendent à régir les lettres" (35) ; de plaider pour une liberté totale en art car "même si la liberté d'écrire doit coûter des retards au redressement escompté, supposition contradictoire, il ne faut pas qu'elle souffre la moindre atteinte" (36), et donc de refuser l'engagement politique au nom d'un engagement poétique, sacrificiel pourra-t-on dire, tant "la poésie sous-entend le salut de l'homme - mais jusqu'à ce miracle d'y sacrifier le sien propre et l'homme que l'on est" (37), comme il le dit au poète Louis Emié, tant le poète répond à "des questions que la pensée n'a pas les moyens de se poser" (38), la fidélité à celles-ci étant, dès lors, toute sa responsabilité. Ces positions, il les développera, d'une part, dans sa réponse à l'enquête de l'hebdomadaire de l'indépendance française Action, dans son numéro du 26 juillet 1946, sur la "littérature noire", intitulée : "Faut-il brûler Kafka ?", dont Aragon et Eluard seront étrangement absents, et d'autre part, dans une réponse, datée d'août 1946, à l'enquête de Combat sur le thème de l'engagement, réponse qui ne sera pas publiée avant que, dans son numéro spécial d'hommage à Bousquet, la revue belge Les Cahiers du Nord ne la donnent à lire, début 1951.
Restait, vous l'imaginez, à retrouver cet article afin de voir si tout cela jouait dans la manière dont Bousquet pouvait envisager Eluard et sa poésie en 1949. J'ai d'abord pensé qu'il se trouvait dans le fonds des Cahiers du Sud que gère la ville de Marseille. Renseignements pris et après avoir sollicité Alain Paire à qui l'on doit un très remarquable ouvrage sur l'histoire des Cahiers du Sud (39), je mobilisai mes amis. D'abord, ceux avec qui je travaille à Carcassonne, notamment René Piniès et son équipe qui m'ont fourni une précieuse documentation. Ensuite, mon amie Ginette Augier, destinataire des Lettres à Ginette, qui me mit en rapport avec le fils du poète Jean Marcenac, ami de Bousquet et d'Eluard. Enfin, mon ami Gaston Puel à qui les deux lettres de Bousquet faisant mention de ce texte étaient adressées.
L'amitié n'y fit rien. Le texte de Bousquet est resté introuvable.*
Je vous laisse imaginer mon désarroi alors que les jours et les mois passaient et que, d'une part, il devenait évident que je ne trouverais pas ce texte, et que, d'autre part, du côté de l'organisation du colloque, on cherchait, à juste titre, à me faire préciser le titre de ma communication. Bien sûr, je relisais de ci de là, à la diable, Paul Eluard, et de manière un peu plus systématique Joë Bousquet, cherchant à constituer le corpus des références à Eluard. Eluard et Bousquet, je tournais autour de ces deux noms alors que l'espoir de trouver le texte de 1949 s'éteignait peu à peu.
Alors que j'imaginais un Eluard Bousquet, en hommage aux célèbres titres d'Eluard, L'amour la poésie de 1929, ou encore Le lit la table de 1944, songeant à cette "poésie de l'ellipse" (40) qu'a si bien mise en évidence M. Raymond Jean, l'importance du coordonnant m'est soudain apparue, au détour de deux vers d'Eluard. Ces deux vers se trouvent dans le poème N, écrit pour Nusch, dans l'édition de 1943 de Poésie et Vérité 1942 :"J'aime
Et mes rideaux sont blancs." (41)Ces vers, René Nelli, poète et confident de Bousquet, par ailleurs ami d'Eluard,
les cite dans son livre Poésie ouverte poésie fermée. Il y voyait l'illustration même de ce qu'il appelait "une évidence absolue de l'apparaître" (42). Il est vrai qu'elle n'éclate qu'à la faveur du "et", mais, selon moi, la conjonction met moins en relation deux unités non poétiques en elles-mêmes qu'elle ne libère, comme en un jaillissement, toute la lumière insue dans cette mise en avant du sujet qui aime, soit cette clarté qui "(lui) fait secrètement voir le monde sans (lui)" (43).
Persister à dire Eluard et Bousquet, en voyant dans le "et" non sa valeur traditionnelle d'addition mais celle d'une force d'explosion nuptiale, c'était douer les écrits d'Eluard d'une "force germinative qui en brasse les dessous" (44) et retrouver cela même que Bousquet ne cessera d'affirmer, à Eluard d'abord, comme dans cette lettre du 1 février 1938 : "Ma notion de l'oeuvre, mon sens de la poésie, mon idée du langage ne sont que l'incidence de votre inspiration sur la mienne" (45) ou encore dans Le livre heureux : "Je n'ai jamais écrit que pour me rendre digne de l'entendre" (46).
Que Bousquet soit né d'Eluard, qu'il soit au plus près de l'incarnation de la célèbre formule d'Eluard de 1930 : "Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré" (47) , voilà ce que je me propose maintenant de montrer.
*
Inspirateur, Eluard ne le fut pas à la manière de ces fournisseurs d'influences qui par petites touches finissent par n'habiller jamais qu'un fantôme, mais bien à la manière de ces sourciers dont les coups de bêche, portés au bon endroit, libèrent les eaux que retenaient pierres et terres.
Blessé, Bousquet était entré "dans une solitude où (il) apportait les ténèbres (48)". Les Lettres à Marthe, écrites pour l'essentiel entre 1919 et 1923, témoignent non seulement de son désespoir de vivre dans "ce pauvre Carcas-sonne" qui "sue l'ennui" (49), mais aussi de son intense activité de lecture et d'écriture. A priori son sort le condamnait à l'existence étroite d'un écrivain de province. C'est alors, et de façon concomitantes à son renoncement à "la comédie de la rééducation", tant "(sa) raison y sombrait lentement, enlisée dans le supplice de l'espérance" (50), qu'il tombera sur la poésie d'Eluard - j'aime le verbe tomber pour la sourde désorganisation qu'il implique. On sait, aujourd'hui, grâce à Maurice Nadeau qui publia dans La quinzaine littéraire la lettre que lui adressa Bousquet le 13 juillet 1945, suite à la parution de son livre sur l'Histoire du surréalisme, qu'il a découvert Eluard dans Les animaux et leurs hommes, paru en 1920, et dans Les nécessités de la vie et les conséquences des rêves, paru en 1921.
Qu'était-ce donc que découvrir Eluard en 1920-1921, pour Bousquet ?
D'abord, c'était sentir que sa poésie "tuait tout ce que l'on avait jusque là appelé poésie" (51). Insistons bien sur la force de ce verbe. La poésie d'Eluard y est toute entière présente mais comme quelque chose qui, déchirant, déchira Bousquet, l'arrachant aux routines poétiques, le contraignant ainsi à devenir autre. Ensuite, c'était déjà découvrir Paulhan car c'est lui qui préfaçait Les nécessités de la vie, conformément aux liens qui l'unissaient à Eluard, tous deux partageant les mêmes préoccupations en matière de langage. Cela Bousquet ne le comprendra que beaucoup plus tard, en 1941, par exemple, à la faveur d'une coïncidence d'ordre éditorial. Ainsi dans Le livre heureux, il écrit : "Le choix d'Eluard (52) apparaît en même temps que Traduit du silence (53) (...) au moment où paraît si haut dans l'esprit un livre de Paulhan (54), mon ami, aujourd'hui, l'auteur, pour toujours, de la préface au livre d'Eluard qui m'a appris la poésie" (55).
Ajoutons, à titre de parenthèse et d'hypothèse, que quand on lit quelques pages plus loin : "Paulhan a annoncé Eluard, et il ne sera tout à fait entendu que dans le siècle qui mettra ce poète à sa place" (56) , on ne peut douter que c'est cela qu'a dû tenter Bousquet dans ce texte de 1949 que nous n'avons pas pu - ou su - trouver.
On le voit, cette lecture d'Eluard fut un de ces événements dont Bousquet dit qu'"ils ont leurs voies. Nous ne les créons pas, ils nous créent" (57). Ces faits, dont nous croyons être les auteurs alors que nous n'en sommes que les produits, Bousquet les appelle des "éclairs de durée". En cela, la poésie d'Eluard fut bien cet "art des lumières" (58) dont il parle dans Avenir de la poésie, éclairant moins les pensées d'un homme que sa vie. La poésie d'Eluard fit donc, pour Bousquet, événement. Si l'événement "tue", c'est dans la mesure où il brise une morne régularité, libérant alors cette lumière sous laquelle passe la vie comme un devoir précédant l'être.
Eluard fut celui qui fit se lever la première étoile sur les ténèbres de Bousquet. Sa lumière fut telle qu'elle se montra vite capable de révéler d'autres étoiles qui, avec amitié, s'ouvrirent sur la nuit dans laquelle il était entré éveillé et vivant. Puissance native, "force germinative", le "et" se dissémine, ouvrant sur la constellation des amis. C'est pourquoi à cette figure de l'inspirateur, je vou-drais ajouter celle du passeur et du maître d'oeuvre.
L'amitié qui naquit entre ces deux hommes transforma l'inspirateur en passeur du surréalisme : ses hommes et leurs débats, leurs poèmes et leurs tableaux entrèrent dans la chambre de l'homme immobile, puis en maître d'oeuvre. Ainsi, non seulement Eluard devint, entre mars 1928 et mars 1929, le guide de la revue Chantiers (59) qui allait naître à Carcassonne en janvier 1928 - ce dont témoigne l'essentiel des lettres publiées par Lucien Scheler - mais aussi, peut-être et surtout, il contribua à la transformation de la chambre de son ami qu'il habilla des plus belles toiles surréalistes, offrant ainsi à l'imagination de Bousquet non des chemins où fuir mais bien les voies de la réintégration, autant de lieux où accueillir sa vie.
Dans cette transmission, on ne saurait oublier le rôle de Gala Eluard que Bousquet présente à Ginette comme "une jeune russe délicieuse" (60). En effet, ce sera elle qui entre 1924 et 1928 "(s'est substituée) à Eluard défaillant", selon les mots de Lucien Scheler. Défaillance qu'il explique par le fait que, revenu de la guerre sans blessure, Bousquet qui, selon les mots de Simone Weil, "portait la guerre logée à demeure dans (son) corps" (61), ne pouvait que l'intimider. C'est donc Gala, même si le plus souvent elle dira "nous", tant Eluard restait présent, qui lira les premiers textes de Bousquet; qui jugera, par exemple, de la "mauvaise influence" que pouvait alors exercer sur lui Paul Valéry; qui le sollicitera pour signer tel ou tel texte surréaliste. Ainsi, durant l'année 1925, Bousquet en signera sept (62). Le premier de ces textes collectifs, c'était la déclaration du 27 janvier 1925, où il était affirmé que "le surréalisme n'(était) pas une forme poétique" mais bien plus "un cri de l'esprit qui retourne vers lui-même et est bien décidé à broyer désespérément ses entraves" (63). A ces mots, Bousquet restera fidèle - la poésie sera toujours pour lui l'accueil qu'un homme fait à sa vie, seule voie pour que ses écrits se révèlent aptes à créer de la vie - fidèle, mais à partir de ses propres chemins qu'on ne peut imaginer que singuliers tant sa situation d'homme couché, retranché de la vie commune, l'exile dans l'exception. S'il voyait dans cette exception d'homme amputé de la réalité, tenant pourtant une place dans l'avant-garde, "le gage vivant, comme il le dira à Magritte, que le surréalisme sous toutes ses formes, resterait devant l'histoire, un état d'esprit, et surtout, la révolution formidable qui subordonnât toutes les activités esthétiques à une idée morale de l'homme" (64), cela ne l'empêchait pas, à chaque fois qu'il différait des surréalistes, de craindre leurs réactions. Ainsi, pendant l'exposition internationale du surréalisme de janvier-février 1938 qui se tint à Paris, il écrira à Poisson d'Or : "Ce qui rend tout à fait dramatique pour moi cette crise à venir, c'est mon admiration passionnée pour Eluard, qui, après m'avoir donné des preuves si belles de son amitié, peut un jour blâmer mes idées et m'accuser de l'avoir trahi" (65).
Si l'amitié de Gala et de Paul Eluard va lui permettre de participer au mouvement surréaliste et d'y tisser des amitiés, il nous faut noter qu'il ne s'engagera pas seul dans cette aventure, tant il n'y eut jamais pour lui "d'oeuvre de l'homme seul" (66). En 1921, Claude Estève, jeune professeur de philosophie, venait d'être nommé à Carcassonne. La scène inaugurale, dont la poésie d'Eluard fut la lumière pour Bousquet, se répéta ; "un soir, il est entré dans ma chambre (...) dix minutes après nous comprenions tout. Le soir même, Estève lisait des poèmes d'Eluard et, moins d'un mois plus tard, jetait au feu la thèse qu'il avait commencée" (67). A Bousquet et Estève se joindront Nelli et Alquié, ses élèves; puis, Pierre et Maria Sire, Jean Lebrau; d'autres aussi comme Molino, Suzette Ramon... sans oublier François-Paul Alibert, l'ami de Gide, "grand poète d'expression classique" qui publiait alors dans la NRF. Le groupe de Carcassonne prenait corps, groupe que Bousquet a toujours vu moins comme un groupe littéraire que comme "une sorte de cité", tant "ceux qui n'écrivaient pas nous enseignaient à regarder avec un peu de mépris ce que nous écrivions" (68).
La revue Chantiers allait naître, alors que Bousquet entamait, en cette année 1928, sa collaboration aux Cahiers du Sud par l'intermédiaire d'André Gaillard, ami de Gala et Paul Eluard - rappelons que c'est ensemble qu'ils se rendirent au chevet de Bousquet en avril 1929 - collaboration que seule la mort interrompit, le 28 septembre 1950. Chantiers eut neuf livraisons entre janvier 1928 et juillet 1930. L'influence d'Eluard va jouer à plein entre mars 1928 et mars 1929 alors qu'il se trouve à Arosa, souvent seul - Gala s'éloigne - et déprimé, préparant pourtant L'amour la poésie. Si durant toute cette période, Eluard se montrera le défenseur d'une orthodoxie surréaliste tatillonne, engageant Bousquet à faire de Chantiers "une revue plus violente, plus intransigeante encore" (69), il n'hésitera pas à lui envoyer de nombreux poèmes. Bousquet en publiera trois dans le N°4 - Je te l'ai dit pour les nuages, Porte comprise et Vous êtes chez moi, suis-je chez moi ? rythment ce numéro - et un dans le N°6 - Ses yeux sont des tours de lumière. Eluard orientera les choix de Bousquet soit indirectement par ses colères, soit plus directement en formulant des demandes pressantes de publication ou de compte-rendu. Citons, dans le désordre, telle invective à l'encontre de Paulhan, de Bounoure, de Fargue; telle note de lecture sur Otto Rank; la publication du sonnet de Mlle L... arraché aux mains du psychiatre Sylvain Eliascheff. Même si à partir de novembre 1929, dans le N°7, la revue s'ouvre à Carlo Suarès ou à des hommes proches de la revue Le grand jeu, c'est bien le surréalisme qui l'aimanta. Ainsi, le N°1 ne comportait-il pas au verso de la représentation d'une Idole de Polynésie, celle d'une toile de Max Ernst, appelée Idole II, et qui est, en fait, une des forêts qu'il avait peintes en 1927, et, probablement, le premier tableau qui entra dans la chambre de Bousquet.
Là encore, c'est Gala Eluard qui éveilla Bousquet à la peinture. L'intuition de Lucien Scheler, sur ce point, est confirmée par ces mots de Bousquet à Paulhan : "Mon premier contact avec la peinture, c'est Gala Eluard qui me l'a pro-curé" (70). Découvrir Eluard, correspondre avec Gala et Paul Eluard, devenir leur ami, c'était forcément découvrir, tôt ou tard, Max Ernst. Or, celui-ci à peine connut-il la situation de Bousquet qu'il lui envoya "une toile splendide, une forêt merveilleuse" (71). Pour Bousquet, cette rencontre fut du même ordre que celle qu'il fit d'Eluard en 1920-1921. Elle aussi fit événement : "Saisi d'une émotion inconnue (...) j'arrachai (...) me blessai (...) et demeurai haletant devant cette image nue comme un miroir sans fond, où la matière millions d'oiseaux d'air dans une ligneuse se renouvelait comme une cascade" (72).
Ce qu'il y a d'extraordinaire dans cette rencontre, c'est, d'abord, qu'on peut dire que Bousquet l'attendait, si l'on pense à cette étrange phrase de Paroles du lépreux sans nom - texte écrit entre 1922 et 1924 et publié de manière posthume - : "La petite porte du jardin ouvre sur la forêt - Des escaliers de sable jonchés de phrases mortes" (73) ; c'est, ensuite, qu'elle ne faisait jamais que répéter mais en lieu et place de la vie, cette fois, celle qui fut manquée lorsque blessé, Bousquet, comme il aimait à le dire, blessa la mort elle-même. En effet, si Eluard, pour illustrer le mot de "fraternisation", mot qui l'"exalte", le fait "frissonner" et "espérer", évoque, dans L'évidence poétique, février 1917, quand "le peintre surréaliste Max Ernst et moi étions sur le front, à un kilomètre à peine l'un de l'autre", l'un tirant sur celui qui montait la garde alors que "trois ans après nous étions les meilleurs amis du monde" et que "nous luttons ensemble depuis avec acharnement pour la même cause, celle de l'émancipation totale de l'homme" (74), Bousquet, lui, apprendra de la bouche de Max Ernst, lors de sa première visite à Carcassonne, cela même qu'il racontera ensuite à de nombreuses reprises, et notamment à Maurice Nadeau, lui présentant d'ailleurs le fait comme "un présage" : "Mes soldats m'ont emporté au milieu des coups de feu. Max Ernst allait passer. Max Ernst passait. Max Ernst, lieutenant d'artillerie dans l'armée allemande accompagnant un bataillon d'assaut, sortait de Vailly que j'avais reçu l'ordre de reprendre."
Ni Bousquet, ni Ernst n'oublieront ce "fait merveilleux" (75) du 27 mai 1918, "qui jetait un jour sur notre amitié" (76), comme le lui dira Bousquet. Amitié qui donna lieu à une correspondance très suivie, à bien des voyages d'Ernst à Carcassonne et à quelques beaux articles de Bousquet. A Ernst, Bousquet dira ouvertement ce que nous avons cru pouvoir montrer à propos du rôle d'Eluard : "tu m'as appris comment on naissait. Mon sort me condamnait à une existence étroite et vaine d'idéaliste. Tu m'as montré que l'immensité dont j'avais l'intuition avait une réalité minérale. Tu as pris sous la terre et dans le sang tout ce que mon imagination situait dans l'inaccessible" (77). Non seulement Ernst éleva Bousquet mais il le préserva aussi. Ainsi, à partir de cette "première forêt", la peinture devint pour lui, et "l'occasion d'un plaisir à (se) donner chaque jour" (78), et ce qui va l'aider à vivre avec quelque justesse. Dans les couleurs des peintres qu'il aimait, Bousquet trouva des racines, tant loin d'être "des nuances de l'air (..) elles font honte à l'arc-en-ciel qui n'est que reflets" (79), tant elles sont minérales et comme issues d'un monde libéré "des préjugés et des conventions qui trouvent dans nos regards toutes les occasions de nous domestiquer" (80).
A Paul Eluard s'ajoute donc Max Ernst. Si, pour Bousquet, Eluard est le poète qui recommença efficacement l'expérience de Rimbaud, c'est grâce à sa collaboration avec le peintre Max Ernst. D'un côté, Eluard "a nommé et baptisé les terres que celui-ci faisait sortir des eaux" (81) ; de l'autre, Ernst donnait tout leur poids de matière à des mots qui prenaient dans le poème "la dimension de la chose" (82), arrivant par là à "désensibiliser le monde" (83) pour révéler le véritable état de celui-ci qui reste d'ordinaire caché sous nos regards fanés. Eluard-Ernst, les deux amenèrent "l'esprit à se manifester comme l'ingrédient de la matière" (84).
Reste que c'est par Gala et Paul Eluard que Bousquet a retrouvé Max Ernst. Reste que c'est à partir d'eux, à partir de "ce premier rayon qui a lui dans (sa) chambre" (85) que Bousquet va découvrir les peintres - le "et" s'engendrant encore ici comme infiniment lui-même - et qu'il ne séparera plus sa vie de ses tableaux, à tel point qu'il envisagea un moment d'"écrire une naissance de (sa) chambre où la peinture (serait) située en fonction de la vie qu'elle (lui) a faite" (86). On croit savoir, puisqu'elle est aujourd'hui dispersée, que sa collection de tableaux en comptait une bonne centaine, collection qu'on divisera pour plus de commodité en "période Eluard" - et ce sont quasiment tous les peintres surréalistes : Ernst, toujours privilégié, Arp, Dali, Magritte, Miro, Malkine, Tanguy...Bellmer - et en "période Paulhan" - Fautrier, Dubuffet, Michaux...-. Ces tableaux transformèrent sa chambre. Ses quatre murs, en dehors des boiseries Louis XVI; de la grande glace; de la bibliothèque, dans laquelle Ginette se souvient d'avoir toujours vu "les yeux clos sur des rêves de plâtre (...) le masque rassurant d'Eluard" (87), vont s'ouvrir, petit à petit et de plus en plus, sur ces fenêtres étranges et sauvages qui, pour n'ouvrir pas sur le monde connu, donnaient sur autant de lieux que Bousquet connaissait sans le savoir et où la vie était "comme en bourgeon" (88). Ces tableaux dont, par exemple, tous "les bleus (frissonnaient) comme de la chair" (89), douèrent cette chambre d'une vie mystérieuse qui fascina toujours ceux qui s'y invitèrent.
*
Vie et oeuvres mêlées, Bousquet fut, selon ses propres termes, "un miracle de l'amitié" (90). C'est sur ce dernier mot que j'aimerais terminer cet exposé.
Cette amitié donna chance à Bousquet, on l'a vu, de naître à lui-même. Elle lui rendit la vie comme un espace infini de création (91) et l'être comme un devenir, devenir au cours duquel elle resta le lieu du seul enracinement qui vaille, j'entends dans l'esprit d'hommes ayant "(échappé) à la marque que le siècle prétendait leur imposer" (92).
L'amitié, prenant les amis sous sa sauvegarde, est force résurectionnelle. Non seulement pour Bousquet, comme en témoigne cette lettre à Ballard de 1936, suite à la parution dans les Cahiers du Sud d'un article de Carlo Suarès sur La tisane de sarments : "Dans des moments comme celui-ci, quand ma voix morte tant qu'elle n'est que mon souffle, me revient sous forme d'écho, je remonte à la surface de la vie, je me sens porté, arraché à la profondeur où il était écrit que je devais m'engloutir", mais encore pour Eluard : "D'avoir un ami comme vous, écrit-il à Bousquet en 1943, me garde de cette chute affreuse qu'est le passé, le passer" (93).
L'amitié est révélation non seulement d'autrui mais aussi de soi-même. C'est elle qui oblige, pour entendre l'ami, à écrire : "Mes livres de maladroit, dira Bousquet, ont porté mon coeur vers les siens où éclate son coeur" (94). C'est elle qui force ce qui serait demeuré obscur à se faire chair, opérant par là même une révélation métamorphosante que parachèveront les autres. Ainsi, Bousquet écrira : "Il n'y aurait rien à retirer de mes livres si les plus grands esprits n'y voyaient pas plus de choses que je n'en vois moi-même" (95).
L'amitié est subversive. D'un malheur, elle fait l'occasion d'un bonheur dont l'idée "anéantit les conventions sur lesquelles la société est fondée" (96). Cette clef de sa vie, Bousquet la donne à Edmond Jaloux. Elle consiste à avoir "trouvé dans ce qui (l)'isolait l'occasion d'un lien avec ce qu'il y a de mieux dans ce monde" (97). Cette générosité surhumaine" qu'il vit s'allumer "dans les yeux des hommes" (98) restera toujours au fondement de "son espérance révolutionnaire" et de "la foi qu'il (avait) mise dans les hommes" (99).
L'amitié, quand les amis se sont fait un devoir de vivre, soit de libérer les hommes de "ces grandes étendues de nuit" (100) où plane la mort, est désir de communauté, comme en témoignent ces mots d'Eluard à Bousquet du 6 décembre 1934 : "J'aime ce livre (101) parce qu'il m'assure que nous ne sommes pas seuls, parce qu'il me rassure, parce qu'il est juste et bon. Nous ne sommes pas seuls et nous sommes peu nombreux et c'est pour cela que jamais nous ne nous oublions. La conscience que j'ai de moi, c'est celle que j'ai de vous. Et réciproquement, n'est-ce pas?" (102). Cette communauté n'est pas à prendre dans le sens d'un "accomplissement fusionnel en quelque hypothèse collective" (103), elle s'est toujours montré capable de mettre en jeu les amis les uns par rapport aux autres, mise en jeu qui suppose cette "confiance absolue" qu'Eluard avait réclamée à Bousquet dès le 5 mars 1928, que Bousquet demande à Bellmer dans sa première lettre du 10 janvier 1945 : "Je voudrais que vous agissiez vis à vis de moi avec la confiance et l'abandon que méritent les amis véritables, ceux que des épreuves semblables, un culte égal des mêmes valeurs prédestinent à se comprendre entièrement" (104).
L'amitié est non-oubli malgré tous les silences qui l'accompagnent car ceux-ci ne sont jamais de séparation. Ainsi, quand Eluard annonce sa venue à Bousquet au cours de l'été 1940, celui-ci lui répond : "Quant à moi, vous savez que ce sera comme si nous nous étions quitté hier, sauf que le soleil brillera plus haut sur le monde qui nous aura réunis". Quant à Eluard, ne dira-t-il pas à Bousquet dans sa lettre de 1943 : "Nous n'aurons pas douté de notre amitié malgré cet éloignement, ces silences". Ce non-oubli ira, comme Bousquet le révèlera à Ginette, le 3 mars 1949, jusqu'à prévenir les événements et le soutenir dans ce moment difficile que fut pour lui l'agonie de sa mère : "Tu as été près de moi quand il le fallait, comme Eluard, avec une carte inattendue que chaque mot étoilait d'une lueur obscure, comme Paulhan, inspiré par un instinct qui ne l'a jamais trompé" (105).
L'amitié, enfin, est le lieu d'une question sur la littérature dans la mesure où s'y rencontrent non ces "maudits de la littérature qui font servir le langage du coeur à habiller des aïeux empaillés" (106) parce qu'"ils ont accepté la condition humaine inférieure à elle-même comme ils l'ont reçue" (107), mais ceux dont les écrits ne se laissent pas juger vraiment "depuis (leurs) éléments littéraires" tant ils sont "le fait d'hommes ayant accédé à des conditions nouvelles d'existence et qui ont changé la signification de la condition humaine" (108), le fait non de poètes mais d'"êtres-de-poésie", hommes qui sont entrés "dans (leur) propre réalité", qui ont ainsi "prouvé leur vie" (109), comme le dira Eluard, aptes dès lors à voir la vie, à l'éclairer, "à transformer le coeur des hommes en leur montrant, selon les mots d'Eluard, toute nue, une raison poétique" (110).
Comme il n'y a, aux yeux de Bousquet, d'authentiquement réel dans un homme que ce qu'il peut donner, cette amitié rayonnante est cela seul qui devait rester : "Je veux qu'on m'accorde ceci, écrira-t-il à Ginette le 3 mars 1949. Tout n'aura été que rêve et songerie sauf l'amitié, le don de soi, la certitude que l'existence est un châtiment si l'on n'en fait pas une façon de se vouer et de franchir la personne" (111). C'est pourquoi malgré leurs positions éloignées des années 1945-1950, malgré ce sentiment que laisse percer Bousquet dans son journalier de 1948, à savoir que : "même Eluard bronche, sa poésie n'est plus uniquement la dialectique de l'homme et de son milieu" (112), je crois qu'il est possible d'affirmer que Bousquet lui conserva jusqu'au bout toute sa confiance, tant il devait penser qu'on ne pouvait le tromper trop longtemps avec des programmes politiques, pour l'unique raison qu'il était assuré que dans son engagement politique son coeur était de la partie et que son sens poétique finirait par l'en délivrer. Quant à Eluard, comme il n'écrivit rien à la mort de son ami, contrairement à Paulhan qui donna à Ballard pour son numéro d'hommage à Bousquet, A l'abeille d'hiver (113), il nous reste à tâcher de comprendre ce silence en prenant en considération sa lettre du 16 novembre 1950 à Jean Ballard (114). Il se dit, d'abord, "embarrassé et peiné"; puis, il réaffirme son "inaptitude à composer pour des lecteurs ce qu'(il) ressent profondément"; il exprime, enfin, son désir "d'écrire un poème à la mémoire de notre ami", mais s'inquiétant de savoir quand il le ferait, il ajoute : "il y a longtemps que son drame me hantait, ce n'est, ce ne sera jamais fini". Ce verbe "hanter" dit la distance qui sépare moins qu'elle ne réunit. Eluard l'utilise souvent lorsqu'il parle de ou à Gala pour évoquer son absence. Quant à moi, ce verbe me semble contenir ce "germe d'immortalité" dont parle René Char quand il écrit sur l'amitié qui le liait à Albert Camus (115). Je verrais donc dans ce verbe la marque même de l'amitié quand elle fait son nid entre les bras du "grand ange blanc" (116) de la distance, espace qui reste le vrai lieu où se rencontrent les amis.
Cet ange n'a pas refermé ses bras. Lire Eluard et Bousquet aujourd'hui, comme hier et demain, c'est entrer dans les bras de l'ange. Comme l'autre, soutenant sa cathédrale sous le déluge de feu et de sang qui les vit naître à leur vie d'homme, il sourit.Alain Freixe
notes
1 Paul Eluard à Joë Bousquet le 17/09/1943, Lucien Scheler,La grande espérance des poètes 1940-1945, p.245, Temps Actuels, 1982.
2 Cahiers du Sud, N°364, Déc. 61-Janv. 62, p.179 à 213.
3 Paul Eluard, les suites d'un crime, Cours Naturel (1938), p.826, La Pléiade, T.I, 1968.
4 Paul Eluard, Mort, Donner à voir (1939), p.923, La Pléiade, T.I, 1968.
5 Paul Eluard, Lettres à Joë Bousquet, préface et notes de Lucien Scheler, p.102, Editeurs français réunis, 1973.
6 Cf. Note 5, p.27.
7 Cf. Note 5, p.108-109.
8 Joë Bousquet à Jean Ballard le 21/11/1938. La correspondance Bousquet-Ballard, inédite pour l'essentiel, se trouve dans le "Fonds Ballard", conservé dans les fonds spéciaux de la Bibliothèque Municipale de la ville de Marseille.
9 Joë Bousquet à Max Ernst, le 10 mars 1949, Correspondance, p.184, Gallimard, 1969.
10 Cf. Note 5.
11 Robert-D Valette, Eluard, Livre d'Identité, Tchou, 1967.
12 Paul Eluard, Critique de la poésie, La vie immédiate, p.404, La Pléiade, T.I, 1968.
13 Paul Eluard, Poèmes pour tous (1952), choix de poèmes 1917-1952, p.645, La pléiade, T.II, 1968.
14 C'est à Carcassonne qu'en septembre 1940, Louis Aragon et Elsa Triolet rencontreront Pierre Seghers et que naîtra Poésie 40, revue qui fit suite à Poètes casqués.
15 Cf. Note 1.
16 Jean Paulhan, La clef de la poésie. Ce texte paraîtra dans la revue Messages en janvier 1944, sans signature. Puis, en décembre 1944, chez Gallimard.
17 Cette lettre est publiée dans La revue des revues, N°16, p.11, 1993.
18 Joë Bousquet, Le livre heureux I, Oeuvres Romanesques Complètes, T.IV, p.125, Albin Michel, 1984.
19 Léon-Gabriel Gros, Poètes Contemporains, Ed. des Cahiers du Sud, avril 1944.
20 Cf. Note 5, p.110.
21 Cf. Note 5, p.58.
22 Joë Bousquet à Max Ernst, janvier 1949, Correspondance, p.183, Gallimard, 1969..
23 Joë Bousquet à Gaston Puel, janvier 1949, Correspondance, p.331, Gallimard, 1969.
24 Joë Bousquet, Rimbaud et Swedenborg, Critique, N°35, avril 1949.
25 Joë Bousquet à Gaston Puel, le 11 mars 1949, Correspondance, p.334, Gallimard, 1969.
26 Cf. Note 18, p.125.
27 Joë Bousquet, La connaissance du soir, Ed. du Raisin, 1945. Edition nouvelle chez Gallimard en 1947.
28 Joë Bousquet, Les capitales ou de Jean Duns Scott à Jean Paulhan, Le cercle du livre, 1955.
29 Joë Bousquet, Lettres à Ginette, lettre du 21 mars 1948, p.238, Albin Michel, 1980.
30 René Char, Recherche de la base et du sommet, Billet IV à Francis Curel de 1948, p.637, La Pléiade, 1983.
31 Joë Bousquet, Lettres à Stéphane et à Jean, p. 163, Albin Michel, 1975.
32 Joë Bousquet à Jean Ballard, 1942, lettre publiée dans la revue Sud, N°2, p.11, 1970.
33 Rappelons que le poème d'Eluard Liberté a été publié en mai 1942 aux éditions La main à plume de Noël Arnaud.
34 Joë Bousquet à Max Ernst,lettre du 12 juillet 1945, Correspondance, p.177, Gallimard, 1969.
35 Réponse de Joë Bousquet à l'enquête de l'hebdomadaire Action : Faut-il brûler Kafka?, le 27 juillet 1946.
36 Cf. Note 35.
37 Joë Bousquet à Louis Emié, lettre du 20 janvier 1948, Correspondance, p.58, Gallimard, 1969.
38 Réponse de Joë Bousquet à une enquête de Combat sur le thème de l'engagement. Réponse non publiée.
39 Alain Paire, Chronique des Cahiers du Sud.1914-1966, IMEC,1993.
40 Raymond Jean, Paul Eluard par lui-même, p.100-101, Les écrivains de toujours, Le seuil, 1968.
41 Paul Eluard, Poésie et vérité 1942, édition 1943,p.1116, La Pléiade, T.I, 1968.
42 René Nelli, Poésie ouverte poésie fermée, p.31, Ed. des Cahiers du Sud, 1947.
43 Paul Eluard, Nous sommes, Chanson Complète (1939), p.866, La Pléiade, T.I, 1968.
44 Joë Bousquet à Max Ernst, lettre du 6 octobre 1946, Correspondance, P.181, Gallimard, 1969.
45 Cf. Note 5, p.106.
46 Cf. Note 18, p.124.
47 Paul Eluard, Préface de Ralentir Travaux (1930) écrit en collaboration avec André Breton et René Char,p.270, La Pléiade, T.I, 1968.
48 Joë Bousquet à Jean Paulhan, lettre du 3 mai 1943, publiée dans Poésie 90, N°34, p.62.
49 Joë Bousquet, Lettres à Marthe, Lettre du 16 février 1920, p.67, Gallimard, 1978.
50 Joë Bousquet, D'une autre vie, p. 67, Rougerie, 1982.
51 Cf. Note 50, p.61.
52 Il s'agit de Choix de poèmes, octobre 1941, Gallimard.
53 Joë Bousquet, Traduit du silence, Gallimard, 1941.
54 Il s'agit des Fleurs de Tarbes ou la terreur dans les lettres, Gallimard, 1941.
55 Cf. Note 18, p.54.
56 Cf. Note 18, p.125.
57 Cf. Note 50, p.73.
58 Paul Eluard, Avenir de la poésie (1937), p.527, La Pléiade, T.I, 1968.
59 Chantiers, 1928-1930, N°1 à 9, GARAE Hésiode-Jean-Michel Place, 1987.
60 Joë Bousquet, Lettres à Ginette, p.71, Albin Michel, 1980.
61 Simone Weil à Joë Bousquet, lettre du 12 mai 1942, Correspondance Simone Weil-Joë Bousquet, .39, L'âge d'homme, 1982.
62 Bousquet en signera bien d'autres par la suite. Notamment la carte postale au général Gouraud, en soutien à Sadoul, sollicité en cela par Eluard dans sa lettre du 27 février 1930. Sa dernière signature sera en faveur d'Aragon en mars 1932, lors de son inculpation pour son poème Front Rouge.
63 José Pierre, Tracts surréalistes et déclarations collectives, 2 tomes, Le terrain vague, Eric Losfeld, 1982.
64 Joë Bousquet, Lettres à Magritte, p.21, Le talus d'approche, 1981.
65 Joë Bousquet, Lettres à Poisson d'Or, préface de Jean Paulhan, lettre de fin juillet 1938, p.127, Gallimard, 1967.
66 Cf. Note 50, p.74.
67 Cf. Note 50, p.71.
68 Cf. Note 50, p.73.
69 Cf. Note 5, p.44.
70 Joë Bousquet à Jean Paulhan, lettre du 28 mai 1943, Poésie 90, N°34, p.63.
71 Cf. Note 50, p.59.
72 Cf. Note 50, p.61.
73 Joë Bousquet, Paroles du lépreux sans nom,ORC, T.I, p.27, Albin Michel, 1979.
74 Paul Eluard, L'évidence poétique (1937), p.520, La Pléiade, T.I, 1968
75 Cf. Note 50, p.62.
76 Joë Bousquet à Max Ernst, lettre du 28 août 1945, Correspondance, p.178, Gallimard, 1969.
77 Joë Bousquet à Max Ernst, lettre du 30 août 1947, Correspondance, p.182, Gallimard, 1969.
78 Joë Bousquet à André Lhôte, lettre du 6 novembre 1936, fonds de la documentation du Musée National d'Art Moderne, Centre Georges Pompidou, Paris.
79 Joë Bousquet, Sur Paul Klee, juillet 1946, Cahiers d'Art, Ed. Christian Zervos, Paris.
80 Joë Bousquet, A la hauteur des yeux, préface à l'exposition Max Ernst, Drouin, 1950.
81 Joë Bousquet, Sur Paul Valéry, Cahiers du Sud, N°133, août-septembre 1931.
82 Joë Bousquet, Le bréviaire bleu, p.66, Rougerie, 1977.
83 Paul Eluard, Prière-d'insérer à Les dessous d'une vie ou La pyramide humaine (1926), p.1388, La Pléiade, T.I, 1968.
84 Joë Bousquet à André Breton, lettre du 6 février 1938, Correspondance, p. 47, Gallimard, 1969.
85 Joë Bousquet, Lettres à Stéphane et à Jean, lettre d'avril 1934, p.102, Albin Michel, 1975.
86 Joë Bousquet à Max Ernst, lettre du 28 août 1945, Correspondance, p.179, Gallimard, 1969.
87 Gaston Massat, Joë Bousquet, Poètes d'aujourd'hui, N°62, p.99, Seghers, 1972.
88 Joë Bousquet à Jean Paulhan, Lettre du 28 mai 1943, Poésie 90, N°34, p.63.
89 Joë Bousquet, Lettres à Poisson d'Or, Lettre de 1938, p.117, Gallimard, 1967.
90 Joë Bousquet, D'un regard l'autre, p.11, Verdier, 1982.
91 Joë Bousquet, Présentisme, Cahiers de l'étoile, N°15, mai-juin 1930 : "L'audace éclatante des surréalistes, aura facilité toutes les démarches auxquelles nous prédestinait la qualité de notre entrain, et je trouve une satisfaction d'ordre moral très grande à prétendre que notre action, avant de s'éveiller à la conscience d'elle-même, respirait dans leur liberté, moi qui n'aurais pas élevé la voix à mon tour, ni pris jamais au sérieux les seules aspirations qui me font un bien précieux de ma vie d'ici-bas, si je n'avais pas rencontré Paul Eluard et André Breton et si je n'étais pas deve nu leur ami."
92 Joë Bousquet à Gaston Puel, Lettre du 30 janvier 1948, Correspondance, p.324, Gallimard, 1969.
93 Paul Eluard à Joë Bousquet, lettre du 17 janvier 1943 publiée dans La grande espérance des poètes 1940-1945 de Lucien Scheler, p. 275, Temps Actuels, 1982.
94 Cf. Note 18, p.125.
95 Joë Bousquet à Edmond Jaloux, Lettre de 1936, Correspondance, p.86, Gallimard, 1969.
96 Joë Bousquet, Lettres à Poisson d'Or, lettre du 15 août 1937, Correspondance, p.47, Gallimard, 1967.
97 Cf. Note 94, p.88.
98 Cf. Note 50, p.69.
99 Joë Bousquet, Confession Spirituelle, Les Cahiers du Double, p.158, 1980. Cetexte a été publié pour la première fois dans Le journal des poètes en 1948.
100 Paul Eluard, Avenir de la poésie (1937), p.527, La Pléiade, T.I, 1968.
101 Joë Bousquet, Une passante bleue et blonde, Debresse, 1934. Repris dans ORC, T.I, Albin Michel, 1979.
102 Cf. Note 5, p.89.
103 Jean-Luc Nanct cité par Maurice Blanchot, La communauté inavouable, p.18, Ed. de Minuit, 1990.
104 Joë Bousquet à Hans Bellmer, Lettre du 10 janvier 1945, Correspondance, p.117, Gallimard, 1969.
105 Joë Bousquet, Lettres à Ginette, Lettre du 3 mars 1949, p.250, Albin Michel, 1980.
106 Joë Bousquet, La neige d'un autre âge, ORC, T.II, p.362, Albin Michel, 1979.
107 Joë Bousquet à Jean Cassou, Lettre du 16 mai 1946, p.151, Rougerie, 1970.
108 Joë Bousquet, Papillon de neige, p.56, Verdier, 1982.
109 Paul Eluard, Donner à voir (1939), p.940, La Pléiade, T.I, 1968.
110 Cf. Note 108, P.941.
111 Joë Bousquet, Lettres à Ginette, Lettre du 3 mars 1949, p.253, Albin Michel, 1980.
112 Joë Bousquet, Langage entier, p.23, Rougerie, 1981.
113 Jean Paulhan, A l'abeille d'hiver, Cahiers du Sud, N°303, 1950, fronton Joë Bousquet. Ce texte de Paulhan est celui qui sert de préface aux Lettres à Poisson d'Or, Gallimard, 1967.
114 Lettre publiée en fac-similé dans l'ouvrage Rivages des origines (Archives des Cahiers du Sud) p.21, 1981, Marseille.
115 René Char, Je veux parler d'un ami, Recherche de la base et du sommet, p.714, La Pléiade, 1983.
116 Joë Bousquet, Lettres à Poisson d'Or, Lettre d'octobre 1937, p.89, Gallimard, 1967.