Chantiers avec
Une petite brûlure infinie
Une petite brûlure infinie
poème sur New York
La vraie douleur qui maintient en éveil les choses / c'est une petite brûlure infinie / dans les yeux innocents des autres systèmes.
Federico Garcia LorcaI
New York
ville gothique
lance ses flèches
en plein ciel
et déploie
ses cathédrales de verre
où frappe
un soleil
aveugle
Ici
montent et descendent
toutes les nuances
d'une apparition
verticale
II
Je sais les souffrances les manques les douleurs
les déchirures
le temps meurtri
le temps blessé
heurté
les sirènes éventreuses de nuit
infinie volupté des songes
Que respirer qui ne soit pas l'attente
d'une prière
Les rues de New York se poursuivent
sans jamais s'atteindre
elles en finissent avec l'idée de rien
et se rencontrent dans
une célébration qui s'apparente au vacarme de
l'abondance
III
Quelques mots à
lire
au balcon d'un
cent troisième étage
Ici
la ville
s'étire de tout son
long
dans les bras de
l'Hudson
avec amour
Une ville
une île
IV
Un précipité
de couleur
indéfinissable
New York
entre ciel mutilé
et
ailleurs
eau en attente d'une tragédie
V
Et cette verte
impression de naufrage
qui dure
Au carrefour
enfin
de tous les mondes nus
inventés
ou
délivrés à chaque
tremblement
Ce qu'une terre incertaine
ignore
de sa propre magnitude
L'élan irrépressible
L'ombre
portée comme
un costume la nuit
une enveloppe
Entre le vrai départ et
la fausse sortie
où est la différence
West quarante deuxième rue
d'un long couloir
au bout du soir
monte une plainte inutile
Un bus
s'engouffre sous l'Hudson
laissant derrière lui
World Trade Center
dans les nuages
VI
Je voudrais
garder
vivante
l'odeur de chaque pas
dans le cur de
la ville
et
la chaleur de l'étreinte
féroce
Je voudrais
garder la forme
de son corps
inépuisable
ancrée aux mots de chaque nuit
où je reverrais
Manhattan mon cur
ouvert
sur la trente quatrième rue
croisant le fer
avec les dieux
d'un azur qui nous est compté
Je voudrais
ne jamais
perdre le sens de
la ville
où vivre est insomnie
épisode à venir
d'un livre qui s'écrit
au rythme des amants© Serge Bonnery et Friches