Michel Butor à Carcassonne
Les couleurs du silence (entretien 1)
Michel Butor à Carcassonne

rencontres - trajectoire
Le calendrier Exposition du 20 octobre 2001 au 12 janvier 2002 Vernissage le samedi 20 octobre à 17 h 30.
Rencontres en novembre les 9, 10 et 11 novembre en présence de Michel Butor.
Le vendredi 9 novembre à 21 h : Michel Butor lit Michel Butor.
Le samedi 10 novembre à 15 h 30 : rencontre autour de Michel Butor avec la participation de plasticiens, écrivains et éditeurs.
Le dimanche 11 novembre à 10 h 30 : entretien Michel Butor - Bernard Noël sur la relation entre écriture et peinture.
Rencontres en décembre autour du livre d'artiste les 14, 15 et 16 décembre
Le vendredi 14 décembre à 21 h au cinéma Le Colisée (partenariat entre le centre Joe Bousquet et l'association des Amis du Cinoch') : projection de quatre films de Pierre Coulibeuf. "Michel Butor. Mobile", "Divertissement à la maison de Balzac". "Alechinsky sur Rhône". "L'oeil du poète" (avec la voix de Jean Tardieu).
Le samedi 15 décembre à 15 h 30 à la maison Joe Bousquet : "l'espace du livre comme lieu de rencontre entre l'écriture et la création plastique" avec la participation de Jacques Clauzel (éditions A travers), Jacques Clerc (éditions La Séterée), Alain Freixe (poète, éditions l'Amourier), Eliane Kirscher (éditions L'Attentive), Henri Maccheroni (plasticien), Raphaël Monticelli (critique d'art, éditions l'Amourier), Michel Nitabah (éditeur), Michel Roncerel (plasticien, éditions Manière noire).
Le dimanche 16 décembre à 10 h : projection de films et débat avec le cinéaste Pierre Coulibeuf et Chantal Delanoë (Regards productions).
En quelques notes
§ L'idée d'accueillir Michel Butor dans la maison de Joe Bousquet a germé lors d'une réunion du centre Joe Bousquet et son temps. Alain Freixe, l'ami niçois, était là et c'est lui, le premier, qui a prononcé le nom de Michel Butor. Il y avait eu des "Butoriades" à Nice, dont Alain Freixe avait été l'une des chevilles ouvrières. Alors, pourquoi pas Carcassonne ? Surtout que, depuis quatre ans maintenant que le centre Joe Bousquet organise des expositions dans les deux grandes salles du premier étage de la maison, nous creusons un sillon, toujours le même, celui des relations entre écriture et peinture. Explorer ce territoire est en cohérence avec la vie et l'uvre de Bousquet dont on sait qu'il entretint d'étroites relations avec les peintres de son temps. Certains - Max Ernst - furent ses amis. Explorer ce territoire, c'est aussi, pour nous, faire de la Maison des mémoires un lieu ouvert à la création contemporaine, un lieu de rencontres.
§ Le centre Joe Bousquet et son temps s'est donné plusieurs missions. La valorisation de l'exposition permanente sur la vie et l'uvre de Joe Bousquet installée autour de la chambre du poète, est sa vocation première ; dans son prolongement, tout le travail sur et autour de Joe Bousquet, la publication de nos cahiers en apportant un témoignage concret ; enfin par le biais des rencontres, lectures, expositions temporaires qu'il organise tout au long de l'année, le centre Joe Bousquet et son temps souhaite s'identifier clairement dans une interrogation inlassable de la création contemporaine. Ici n'est pas un mausolée mais la Maison où l'art doit étonner, éveiller, surprendre, bref... vivre.
§ Emotion, oui, d'avoir eu à travailler ces derniers mois dans le voisinage de Michel Butor, merveilleux écrivain, créateur d'un langage vivifiant par le dialogue qu'il instaure avec la peinture en particulier, mais aussi avec d'autres formes d'expression artistique telles que la musique ou la photographie. Michel Butor le dit dans un entretien accordé en 1998 à notre ami niçois Alain Freixe, premier président du centre Joe Bousquet et son temps, entretien publié dans la revue poétique Friches : "Depuis des années, tout ce que j'écris est poésie de circonstance. C'est-à-dire il y a quelqu'un qui me demande - peintre, musicien, éditeur, revue... - et j'accepte. Il est donc le déclencheur. Plutôt que le destinataire, j'aimerais l'appeler le commanditaire (plaisamment, car le plus souvent tout cela se passe dans une idyllique gratuité, prémonition d'une société tout autre), car il n'est que le masque d'un destinataire pluriel à la recherche de qui je m'embarque"... Ce destinataire pluriel, c'est, je crois, chacun de nous aujourd'hui. Nous sommes, c'est aussi le but de cette exposition que de le montrer, les destinataires pluriels de la parole poétique de Michel Butor dont l'uvre se nourrit de ses propres étoilements. Pour dialoguer il faut être deux, au moins. Et dialoguer, n'est-ce pas s'écouter avant même que de s'entendre ? "A quoi bon des poètes en ces temps de manque ?" s'interrogeait jadis Holderlin. La question reste d'actualité, chaque jour, dans la période que nous traversons avec quelle acuité. Et sans doute, chaque jour, les poètes comme Michel Butor ne cessent d'y répondre.
§ Voici, extrait d'un entretien : "J'aime le papier sous toutes ses formes (dit Michel Butor); les plus somptueuses qui peuvent coûter très cher, mais aussi les plus simples : le papier journal, le papier kraft, le papier machine. Je suis donc heureux de le célébrer par des livres qui en montrent les beautés. Il y a un grand luxe qui revient très cher, qu'il faudra donc vendre très cher, qui sera réservé aux gens riches. Il a ses vertus. Mais il y a aussi un luxe pauvre dont les matériaux ne coûtent presque rien, et qui est fabriqué seulement par le travail de ses auteurs. C'est alors seule la rareté qui peut lui donner une valeur. C'est par excellence l'objet à donner". Donner à voir, comme disait Paul Eluard : l'exposition me semble magnifiquement illustrer ce propos de Michel Butor. Doit-on craindre, avec les nouvelles technologies, la mort du livre ? Michel Butor apporte, je crois, la plus belle réponse à cette angoisse : non, le livre n'est pas mort, proclame-t-il. Avec Michel Butor, le livre est chaque jour réinventé.
© Serge Bonnery