Chantiers avec
Chocs aléatoires
Cette suite de poèmes a été publiée dans le numéro 75 (été 2001) de la revue Friches. On peut consulter les sommaires de cette revue sur son site internet
Les chocs aléatoires
L'essentiel
est sans cesse menacé par l'insignifiant.
René
Char
La pluie noireLe présent s'articule autour de chocs aléatoires. Nous ne savons rien de la nuit. Nous lui fermons les yeux, ignorants du lieu même où parvenir serait notre victoire.
Combien de temps, encore, cette victoire nous sera-t-elle refusée ?
Sous nos pieds la terre tremble et l'horizon incendié de nos rêves bat la campagne, s'en allant en fumée.
Mare nostrumUne plage rebelle au vent qui incarnait à leurs yeux d'hommes revenus de l'enfer, tantôt l'espoir, tantôt la peur de la mélancolie
Une plage rebelle au mouvement de l'eau qui la contemple dans la fixité des miroirs
Une plage docile aux coups de mer qui la vêtaient d'algues venimeuses et la coiffaient élégamment d'étoiles dispersées
Une plage docile aux paroles en larmes
Une plage rebelle et qui serait le lieu
L'invention du douteL'horloge lunaire marque le pas. Le mouvement, souffle fantomatique, ne lui est plus d'aucun effet. Face aux verres galvanisés, un homme joue sa vie aux dés. Dans ses yeux, nulle attente, mais la rive approchée des terres mouvantes. Sous la pierre de feu lavée, la pluie noire dans le marais. Sa bouche demeurée silencieuse. La vie enfuie de son corps blanc. Ses mains licencieuses. Son visage lent.
Il a vu le soleil, grand imagier des ombres. Il court sur l'horizon à sa perte certaine.
Pierre tombale, un précipice où ses dernières illusions sont emmurées.
Vertigineusement, la mémoire perdue sur le papier d'eau renversée.
TracesJe sais des traces sur les plaies, des fractures ouvertes, des entailles dans les plis du ciel où capter la lumière et dire la lenteur des rives sur le lac, enneigées.
Sans mémoire, pas de chemin, mais des gorges en feu et nos rites du soir dépourvus d'ornements. L'homme couché dans l'entier de son corps. Le doute. Le dénuement. L'ennui, vin doux de la mélancolie.
Chocs aléatoiresFortes pertes
Dans la bataille
Des morts et des corps tremblant encore
Porte étroite
Force frappe
Sur le sol une clé tombée de la portée
Les traces effacées de nos vies oublieuses
Porte ouverte
Chausse-trape
Les orages rageurs
Leur nonchalance verte
Un que l'on croyait mort et qui s'éveille
Un qui refuse la partie de dés
Porte ouverte
Aussitôt refermée
Et le dernier de la cohorte triste
Qui a vu le soleil et ne reviendra pas© Serge Bonnery et Friches