Chantiers avec
Le jardin de derrière
Cette suite de poèmes constitue l'essentiel d'un recueil de textes rassemblés sous le titre "le jardin de derrière" qui poursuit la quête des origines après l'écriture d'une prose intitulée "Une patience".
Le jardin de derrière
Première ligneDes cadavres partout, des sols jonchés de feuillets morts !
Nous nous étions promis des combats héroïques.
Perdants perdus, errants, tremblants de l'oubli.
Partout des arbres abattus.
Des porte-plumes abandonnés aux flambeaux de la lune.
Nuit d'encre.
Tous les mots épuisés.
La source tarie.
La soif dans le désert.
Comment espérer seulement percevoir un silence ?
Malheur à qui ne s'entend plus
Devenu sourd au monde, pour lui tout est fini. playing free slots
(Sans titre)Vous m'aviez parlé d'un dont j'ignore le nom
je ne sais s'il existe
je ne le connais pas
Vous m'aviez dit de lui tant de bien
vous me l'aviez décrit
vous m'aviez prié de l'attendre
j'ai attendu en vain
Vous m'aviez demandé de lui tendre la main
je ne l'ai pas vu dans la foule
Je ne sais s'il existe
vous m'aviez parlé d'un dont j'ai perdu le nom
Tout l'univers est en demeureIl pleut. La vérité est dans la pluie qui maintenant s'écoule lentement. Il ne reste rien de cette eau comme vont les larmes ruisselant sur un visage d'absence. La beauté s'est retirée du monde, laissant l'homme amoindri de tout ce qui, le surprenant, l'aidait à vivre. Lui donnait un corps dans l'oubli. Un seul fil nous lie à notre âme. S'il est rompu, la mort s'ensuit.
Il pleut. Il pleut. La vérité est dans la pluie qui frappe à la fenêtre, flagelle les volets et pousse vers demain nos peurs quotidiennes. J'entends la nuit avancer sous les bois et le froid dissiper un à un les doutes des guerriers assoupis dont certains, éventrés, gémissent encore. Leurs cris bientôt ne nous parviendront plus. Ils croupiront dans leurs gourbis sous un feu incessant, les yeux fermés au monde qui les a vu naître et n'a pas voulu d'eux.
Il pleut. Il pleut. Il pleut. La vérité est dans la pluie en cortège qui passe, poussée par le vent de Cers, oblique et cinglante. Arrêtés à mi-pente, les hommes essoufflés de tirer la charrette, courbés, les mains posées sur leurs genoux, reprennent leur respiration dans des râles atroces et des crachats épais. On peut attendre, le mort a l'éternité devant lui. Il n'y a pas de place pour son corps dans la terre qui l'a banni.
La pluie a cessé de tomber tandis que l'eau, s'écoulant encore, creuse un sillon dans la boue maintenant. Avec la force du torrent, elle déverse ses flots d'amertume et de joie, emportant un tronc d'arbre arraché à sa nuit et dévalant la pente, tremblant de toutes ses branches, fragile, comme un oiseau de cirque dans le ciel suspendu. L'heure est au sommeil des hommes las. Longue fut leur journée. Sur leurs paupières refermées une main veille qui fermera leurs yeux à midi plein, avec la minutie des gestes ordinaires. skateboard games
Trop plein de ventLa nuit a fait son deuil de la retombée
nos corps ont le poids de la saison morte
le temps goutte à goutte s'écoule
dans le vase solaire tendu vers le ciel incendié
sous nos pas
la poussière des rocailles
où dormait un lézard irisé de soleil
Je ne sais plus d'où vient le vent (il tourne)
un mot tremblé dans la marge suffira
ce que j'aimais taisait son nom
Le " jardin de derrière "Un rideau de pluie me séparait du fond du " jardin de derrière " où nous venions le soir, sur la margelle du vieux puits, autrefois nous asseoir.
Adossé à la roue rouillée de la pompe à bras, j'écoutais le silence du ciel profond éprouver ma peur de la nuit.
J'escaladais cette roue, si vieille que mes doigts en recueillaient la rouille.
J'endurais des douleurs aux genoux quand nous avions marché tout le jour, arpenté nos terres, passant et repassant par autant de lieux dits,
Des fleurs séchées de ce temps-là gisent encore sur la commode où il les déposait, fraîches et vives, pour parfumer ma chambre en été.Souvenir
Mon ombre te suivait dans les plis du chemin.
Ton béret noir me tenait lieu de guide.
Tu savais l'heure d'avant la plombée des étoiles
aux contours indécis des collines, à l'odeur de la rive.
De ta main attentive jaillissaient des images qui, toutes, par ta joie, embaumaient mon enfance.
La nuit enveloppanteSous le poids des assauts leurs échines courbaient
plus loin que le matin ils ne voyaient que brumes
nourris de feu, de boue et de corvées
alentour le chemin les privait de futur
A l'heure où la chaleur enrage
ils pêchaient le poisson sous les cailloux du rêve
l'orage en se tournant leur donnait la moisson
tandis que flottant sur la plaine
les astres s'éteignaient dans leurs yeux languissants
VendangeNos lointains vivaient en silence le soir à la chandelle.
Ils occupèrent un temps leurs mains à cisailler, sous la mitraille, leur horizon de barbelés.
Parcheminés de nuit, ils espéraient un corps à corps avec la terre.
Leurs déraisons familières s'accordaient en nombre au raisin.
La lune lenteVoici les grands soleils dans l'été qui faiblit.
La lune lente. Ses reflets d'or sur le chiendent de la terre où ils ont marché. Privés de rêve.
Ils sont voués à la nuit. Jamais ils ne désespèrent. S'enivrant de l'air qu'ils respirent, leurs pieds dans l'herbe mollement, retenus au monde sous l'apparence de vagabonds auxquels, enfants, nous jetions en riant des pierres.
SéparationQuand je me parle, parfois, il me semble que je ne m'entends plus.
Mes lèvres remuent
Mon corps rue
Et j'assiste au silence de paroles furtives, éphémères.
Tout ce qui donne à la journée son caractère intermittent
sa lenteur
sa tristesse
l'envie noire de disparaître aux yeux du monde
pour renaître ailleurs séparé de moi-même© Serge Bonnery - 2000