Eclat du fragment et autres Sanwen (Editions de lAmourier Collection Thoth)
par Yves Ughes
Eclat du fragment ou lArchipel du sang.
Entre éclisses et esquilles, il sagit bien dun livre qui réveille, perturbe et fait du bien, en explorant, paradoxalement, la douleur, la blessure et la réconciliation avec le monde. Games online, dress up games for free.
Car la vie est contradictions, contractions. Et lon entre, avec ce texte, dans un monde dintenses et dolentes palpitations. Ici en effet lexistence ne se conçoit quen spasmes vécus intensément, transmis ou subis. Les instants saisis sont aux antipodes de la vie lisse, cohérente et mise en ordre. Ne se vit intensément que la rupture, la perception âpre dun monde de violence et de pulsions élémentaires. Laccent est mis sur les instants fondateurs de lexistence, la naissance, la mort et la découverte du monde sexuel, dans son essentielle et nécessaire brutalité : je suis né de la douleur, près du croûton de pain, sur la planche, entre la tache de vin et la pelure de pomme, la tête sur le cul des bouteilles. Je suis né à la fin du repas comme un reste. Chaque jour, tous toujours ils en redemandent : on me ressert donc, et ils me rongent. Free loan calculator - mortgage calculator Canada.
Les termes de la naissance disent ainsi lessentiel : nous nous trouvons dans une relation dindésir. Et de fait, nous sommes pris avec ce texte dans une chaîne de douleurs ; tout se déchire et tout saigne, le corps nest plus que troc, la domination et la soumission se conjuguent en une troublante découverte de lautre. Dans cette aventure lêtre est nu, offert, proposé aux coups dun univers marqué par un paroxysme exubérant. La violence de la rencontre est reçue sans fioritures, sans détours tel lil crevé de mon anus. Nous avançons dans une épouvante dictée en notre corps comme lordre du sang. Tout palpite alentour, les champs libèrent une odeur de chair morte, les vignes laissent traîner des signes de lassitude vineuse ; quel que soit lélément il se transforme en surcharge de matières détachées, macérant dans le creuset dune vie qui nous échappe, mais pour lheure, cétait un trop plein matériel que la rivière au contraire charriait dans sa rumeur. On y voyait des morceaux de berges arrachées, des ferrailles ménagères ou des lambeaux agricoles, chaque péniche, chaque pilier de pont retenant à son encoignure la monnaie désuète et broyée de ces épaves flottantes.
La survie simpose malgré tout, comme la nécessité dictée de traverser le suintant quotidien. Vivre il nous faut, avec linsupportable. En cette aporie se crée une nouvelle façon de dire. Le traditionnel récit ne peut prendre en charge les dérèglements internes ni les ondes du séisme palpitant de la terre. Les romans, mais les nouvelles aussi bien, me laissent de plus en plus surpris, non pas agacé, mais insensible. Ils méchappent et mindiffèrent lentement. Et ce mest une chose étrange de croiser autant de beaux esprit distiller leur vie dans le goutte à goutte racorni des existences de papier. Car les récits organisent, mettent de lordre, et lordre toujours rassure et puis trop de fleurs toujours tue le fruit. . Simpose à qui veut dire la douleur une écriture du cri, susceptible de libérer lonctueuse épaisseur de lhomme.
Forant lépaisseur de la terre en fermentation, fouillant la blessure reçue, le texte de Bai Chuan accepte les coups et sait les rendre. Par ses sanwen, écrits sur les petites choses, sur les bouts de vie et par digressions, il crée un style qui fait corps avec notre malheur dêtre et lui donne, comme une offrande, la possibilité de se dire.
Lhumanité peut se recomposer dans un tel dépassement de la souffrance. Par lintensité.