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Jean-Gabriel Cosculluela
Là-bas là-bas, accompagnement d'Anne Slacik
aux éditions Á Demeure, collection Premiers Ciels
par Alain Freixe
Aux profonds monotypes d'Anne Slacik, où de grands coups de brosses aux ailes noires font brèche sur un fond blanc rendant ce mur orageux, répond l'écriture de Jean-Gabriel Cosculluela, ces grands blocs de silence qu'elle charrie en glissando lent. Patient. Et comme retenu. Et si elle fut chronologiquement première, s'il est juste de dire qu'Anne Slacik accompagne ces textes, on n'oubliera pas que ce livre n'existe que par l'attention qu 'a su lui prêter son éditeur. Á Demeure, ce mot dit un souci, une belle querelle : trouver aux poèmes un espace. Des ombres. Un site où il puissent être à l'aise.
Ainsi ce livre définit une attitude. Un travail. Il est bien l'écho matérialisé de cette manière propre à Jean-Gabriel Cosculluela d'être en littérature, affirmant toujours haut et fort - et je parierais que c'est là une des grandes leçons qu'il a retenu de l'uvre de Joe Bousquet dont il est un des connaisseurs avisés - qu' "il n'y a pas d'uvre de l'homme seul". Oui, l'amitié est l'autre nom de la littérature quand elle se pense comme question. Aussi n'est-il pas étonnant que dans chacun de ses textes, il intègre la vive parole de tel ou tel - et c'est ici Reverdy, Ludwig Hohl, Gertrude Stein, Bonnefoy, Pessoa, Dotremont, Perros, Kowalski - passants dont les mots remuent la langue. Dans la bouche.
Dans le poème de Jean-Gabriel Cosculluela, les mots sont serrés au plus près du silence. Tendus en corde sur le vide. Tassés en monceaux non loin du trou tant il est vrai qu'écrire pour lui, c'est toujours creuser, fouiller, gratter. Aussi les grands coups de bêche alternent-ils avec la délicatesse et la minutie qu'il faut aux archéologues pour dégager tel fragment. Vieilles terres ou vieux os. Quelques mots en prise sur l'essentiel, c'est pareil !
Ce mouvement dans l'épais, ce mouvement d'arrachement et de traversée de l'épaisseur, de cela qui est proprement " insupportable " - le mot revient souvent dans ce livre - se termine sur un " serrement de main ", sens même du poème pour Paul Celan. La tendresse d'un effleurement, peau sur peau.
Et pas plus, allais-je dire. Pas plus loin que ce tremblement là. Plus loin. Là- bas se tiennent d'autres paroles. Celles-là mêmes que le vent, dont les poèmes de Jean-Gabriel Cosculluela portent de manière " souterraine " la trace, pousse hors de portée des mots d'ici. Là-bas. De l'autre côté du mur, " pierres nues de noms / où tombe la lumière / comment ne pas se prendre / aux mots de la lumière ", aux mots, ici, à demeure, de Jean-Gabriel Cosculluela ?