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Lectures

Les notes de lecture

Cédric Demangeot

Désert Natal et Figures aux éditions Fata Morgana

par Alain Freixe

Je dirai le déboulé du sanglier. Son écoute. Son "front brutal et clair", sa "gueule de source". Je dirai son obstination à caresser "les clôtures pour mieux les jeter bas". Je dirai la violence, âpre et douce à la fois, quand c'est l'amour qui ravage le coin de terre où sont les racines. A ronger.
Je vous parlerai un peu de Cédric Demangeot. Deux livres parus chez Fata Morgana, et ici ou là, en revue, croisé et lu de lui, quelques textes, notamment dans Arpa numéro 69 et 70.
Je dirai que pour une entrée, car c'est d'un jeune homme qu'il s'agit et de ses premières publications, ça déménage ! Et "sur l'épaule lourde" de qui pousse : "le vide". Devant. Rien. Rien qui puisse réconcilier. Apaiser. Et si c'était le cas - là serait la menace ! - il y aurait à intervenir. Au couteau. Au marteau et à la masse. Tant c'est "ruinée" que "la maison chante le mieux", proclame Cédric Demangeot.
C'est là un travail ! Démanteler, rompre, effondrer. Et ce, incessamment. Un travail de bouche. Là où se mange le monde. Mots sur mots. Bouche cousue, toute à son travail de manducation et de déglutition ; bouche grande ouverte, prête à mordre, à déchiqueter. Mais jamais bouche entrouverte, dans la fatigue, le baîllement stupide car "le dieu comme à un mort / me vole ma langue et mes dents".
Cette tâche n'est que la continuation du désir d'arracher au désert - "pays premier" que "la neige obstrue", "pays lourd, de l'animal et du visqueux", où l'on est "muselé mais grandissant" - de quoi naître à soi-même. De quoi exister. Non dans une présence de soi à soi où se réaliserait un vieux fantasme d'unité mais, au contraire, comme une multiplicité ouverte de tensions entre une extériorité que le dehors fracture et une intériorité que le dedans façonne. Entre les deux, ce milieu actif où il y aura à "saigner" pour exister un peu. Et pour cela se battre contre son mort, celui de toujours qui du fond du corps se lève. Fantôme à défaire. Affaire de nuit. Affaire de mots.
Je trouve dans les pages d'été de mon carnet à provisions, ces mots de Salah Stétié, recopiés à la hâte entre deux adresses, deux tâches, deux éclairs de durée : "Par défaut de nuit beaucoup de ce qui est écrit manque de langue, par défaut de langue beaucoup de ce qui est écrit manque de nuit". Cédric Demangeot ne manque ni de nuit, ni de langue pour "donner voix à ce qui résiste. A ce qui éclaire et coupe, derrière / la lumière, sur la brèche". Là passe la vie. En coup de vent.
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