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Alain Freixe
Comme des pages qui s'éloignent aux Editions de l'Amourier
par Yves Ughes
Ou par delà le désastre... Comme des pas qui s'éloignent le livre à peine saisi, le titre nous donne le sens de l'itinéraire, de la route. Nous ne resterons pas en nous mêmes, la lecture suivra ces pas et nous avancerons vers ce lieu dont les contours se dessinent sur des frontières intemporelles, au-delà des repères et balises. Dès la première page un monde se forme, fait de luttes et de volonté Funny games online, car games.
Dans un ciel d'encre froide, quelques oiseaux tournent.
Ralentis. Alourdis de tout ce qui dans les cendres se souvient encore du feu.
Et dure.La menace s'installe donc d'emblée dans le texte, au gré des mots, et des perceptions quotidiennes. Ce qui emprisonne s'inscrit dans la lourdeur, le froid et la lenteur. Qui veut vivre doit briser cette emprise, se dégager et avancer pour durer.
Aller de l'avant pour exister, il n'est pas d'autre mode de survie .
Au départ devait être une perception marquée par la fusion entre l'homme et le monde, comme si un état de grâce originel demeurait inscrit dans les fibres des sens. Un moment absolu a dû permettre un échange inscrit dans le rythme même de l'être. Quand la communion pouvait se vivre, la phrase se constituait autour d'actions mêlées, soulignant la limpidité de la mise au monde. Ainsi Un pays rêvait. Et j'étais son climat.
On dit au départ faute de mieux, car cet instant de fusion ne se situe pas dans une suite chronologique, mais dans un espace de la conscience.
Intervient en ce lieu un déchirement, s'installe le désastre des éléments. Le vent notamment vient établir désordres et dérèglements, engendrant une noirceur qui gagne les eaux et les profondeurs, installant la cassure : laptop adapterLe vent ne se nouera pas à l'eau offerte en contrebas, ouverte comme l'il de la terre dont le ciel déforme, en passant, la pupille sombre.
Il passera au large, par-dessus la paroi qui donne aux eaux cette couleur noire dont elles semblent vivre, et asséchera le ciel qu'il emporte dans son voyage.
La mort n'est pas loin et peut ramper à l'assaut des instants essentiels, ronger la perception :
J'étais pris comme par un de ces silences qui passent dans la chambre des morts, quand plus rien ne brille du feu qui couve sous les regards et assure les mensonges de ces pâles couleurs dont s'habillent nos jours.
Pris, et comme effacé de moi-même.
Prêt, enfin.Mais l'abandon n'est pas à hauteur d'homme ; venue des entrailles, de la terre s'impose la volonté d'être. Le temps joue certes contre nous, il est bien tard il est déjà trop tard car la nuit gagne. Aux mots donc de nous tirer hors de l'argile, la parole définit un espace humain capable d'abolir la noirceur du temps vide colporté par le vent. Encore doit-elle se soustraire à la tyrannie de la perspective conceptuelle. Pour lutter contre la mort en uvre, le texte doit travailler en dessous des mots, en libérant cette part d'émerveillement qui échappe au prévisible.
La phrase devient dès lors lieu de découvertes, le rythme du pas conduisant à la lumière reconquise, quelque chose que la lumière de l'olivier de Bohême de l'autre été éclairera comme par en dessous. Face à la mort pressée, dans cette urgence qui scande le parcours périssable, le souffle investit les pages, créant des pauses et des espaces où la vie peut de nouveau circuler. Car l'homme qui sent vibrer en lui plus vive et plus fraîche cette source d'intensité peut accepter d'être au monde, y compris dans sa finitude. Par le texte il recrée les conditions de son existence et, en l'assumant trouve la voie pour habiter la terre : Y aura-t-il assez de chaleur dans notre cur pour qu'il offre aux pierres ces forces dont elles vivent ?
Le cataclysme menace nos forces intérieures, il interviendra pour nous supprimer, mais chaque pas fait chaque jour relève du devoir à accomplir pour que notre humanité résiste, arrache sa part de beauté, afin de la partager. C'est ainsi que Devant s'élargissent les routes, comme par gratitude.