Bernadette Griot
Lettres de Pandora avec illustrations de l'auteur. Préface de Bernard Noël (éditions de l'Amourier)
par Yves Ughes
ou l'insomnie de la langue
Vingt-quatre heures, autant de textes, l'envie, le désir d'aller vers le monde, alors même que l'espoir est au fond, le mouvement est là, il tenaille et travaille l'expression. Pandora écrit à Athéna, la Terre se déroule sous sa plume, l'écrit morcelle l'univers mais il n'est pas d'autre substitut à la voix qui seule, sans doute, rendrait compte de la vie des hommes, si elle pouvait saisir l'ensemble d'un seul mouvement.
Car une fois sur terre, il faut bien dire, pour prendre vie avec, pour tirer hors de, pour être de ceux qui vivent leur finitude, pour être de ceux-là, pour être. Cette humanité-là appelle ; sa chair réclame, et l'on pourrait se prendre à rêver d'un langage de caresses. Des îles Fidji à Sydney, en passant par Santiago et Pékin, la conscience arrache les masques et révèle la douleur jusqu'alors contenue, en ces lieux s'abolit la grammaire du geste, Captifs, les corps s'enlisent, avec cet enlisement les paroles menacent de se défaire. slots onlineLa Chair, dit le Verbe, et les mots sous la peau appellent à respirer le dehors. Mais comment le verbe, jeté hors de la chair, peut-il incarner la parole ? best forum http://azcustomerservices.co.uk/ uk supports
Aller donc, mais le mouvement doit se justifier par la marche des mots. Le secret de vivre Secret qui n'a de mots que ceux qui tremblent et dévoilent dans leur solitude l'incessant mouvement de ce que l'on ne sait pas. Le risque seul peut ouvrir une voie susceptible de féconder, et donc de cerner ce qui se trame. Dans cet espace dominé par le temps, il faut aller vers les blessures, et soumettre l'ordre, le fini, au rituel du sacrifice. Quand tout reste en l'état, dominent la distance et la fermeture. Nécessité donc de poser le buvard des douleurs sur les phrases, pour faire émerger de nouveaux contours. Sortir des digues, laisser circuler. kinderfietsen
L'arrière du visage brouille le regard qui, pour se rassurer, préfère endiguer plutôt que s'abandonner aux eaux du fleuve.
Quand cette interrogation accompagne le voyage, le monde peut se casser, comme se cassent les pages, se partageant entre textes et illustrations. Les espaces de gauche, numéros pairs, accueillent des peintures comme autant de palpitations annonçant ou prolongeant les textes. Le livre vibre de ces contractions et expansions qui se donnent à lire, non comme une histoire parallèle au texte, mais comme une chair s'allongeant sur un corps, fusionnant dans le riche mouvement de la découverte.
Il devient dès lors habitable ce monde, de ci, de là, comme par exemple à Vancouver :Dans un café, j'ai devant moi la photo d'une petite fille, tenant dans sa main droite une boule de neige. La photo est jaunie par le temps, mais la neige n'a pas fondu.
Au fond est l'espoir, et l'émerveillement de la voix.