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Lectures

Les notes de lecture

Claude Held

Le temps déchiré aux éditions de L'Amourier, collection Thoth.

Par Yves Ughes

Ce texte relève du malaise et de l'éblouissement. Les phrases de Claude Held sont comme cordes tendues sur le vide, néanmoins nouées entre elles. Elles constituent un ensemble cohérent alors même qu'elles sectionnent cette continuité qui, traditionnellement, est supposée faire sens. Nos modes de lecture volent en éclats ; les liens logiques permettant de bâtir progressivement le mouvement d'un récit ne s'inscrivent plus dans la continuité, ils doivent ici être recomposés Dans la mesure où le tissus du temps est altéré, les souvenirs passent par les déchirures et s'imposent au gré d'un rythme qui semble relever du désordre, mais qui obéit en fait aux scansions de la mémoire : HLI-D720XL uk supplier

Tout ce que tu vois est là, dans la cassure.
Tu observes la trace entre les morceaux collés.

Chaque phrase entre en rupture avec l'apport de la précédente, et l'éblouissement s'installe dans le progression qui s'impose pourtant. Les points de vue se succèdent avec hâte, dans les collages successifs des pronoms je, il, elle, ils, nous. Les pages se présentent ainsi comme un montage de prises de vue. La pellicule casse en permanence et se recompose par la lecture. L'émotion libérée par les juxtapositions nous incitent effectivement à accepter ce sectionnement, et à ne plus vouloir d'autre mouvement pour progresser dans cette histoire faite de sang et de pulsions, de sable et de violence. La trame est souterraine, le choc est frontal : I didn't hear about tv blackjack before but was surprised to know it was the same with celebrity BJ!

Un coup de feu est tiré à droite. On s'estime heureux.
Tu me prêtes des sentiments. Le plus dur reste à faire.

Par cette technique installée dans le texte avec virtuosité et par les glissements successifs qu'elle crée, l'auteur déconstruit le monde, Le rapport du labo est formel. Il y a une ligne d'arbres sur le talus. Dépouillé de ses rassurantes relations logiques, la vie s'offre telle qu'elle est, violente et décousue, l'imprévisible y côtoie l'habitude :

"Je ferai attention" disait-elle.
Le corps a heurté la table, puis s'est couché sur le côté.
On a demandé après vous. On vous a demandé au téléphone.

Le montage devient dès lors une vrille qui s'enfonce dans la douleur d'être :

Ils sont proches et ils se blessent. C'est le jour des cendres.

Les corps chutent dans ce texte, se blessent, se heurtent, éventuellement il pourrait même advenir qu'ils se suppriment. Habituellement, quand il y a mort violente, l'enquête survient pour rétablir l'ordre rassurant de la logique. Ici cette mort dont on parle est suggérée, et l'enquête ressemble fort à une acceptation totale de la profusion du monde, perçue par des consciences multiples Une vie n'est jamais une phrase, mais toutes. Projet totalement insensé, certes mais la mort n'est-elle pas intimement associée au silence ? L'homme se tut. Le chemin paraissait interminable. Il rit une fois. Il aurait pu étrangler, déplacer le corps. Il nous faut donc lutter contre cette tentation du silence mortifère. Et parler en acceptant ce qui bouleverse, ce qui s'accumule, ce chaos qui perturbe mais qui vibre dans les mémoires. Qu'importe dès lors si la phrase est la chose la plus violente, n'est-ce pas la mission même de l'écriture ?

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