La page d'accueil

Lectures

Les notes de lecture

Revue Nu(e) - numéro 18 - Arnaud Villani

Il est des revues qui se présentent comme de véritables recueils.

Nu(e) travaille de la sorte, inlassablement ; les cahiers consacrés aux auteurs ne sont pas simples illustrations mais voies d'accès, chemins de découverte pour que se livrent au gré des textes des univers de langage à visiter, des mondes par le langage visité.
Le numéro 18 est consacré à Arnaud Villani.
Comme de coutume, la réalisation concrète relève du plus grand soin ; la poésie est exigence, l'accueil ne se peut faire que dans une trame de papier sachant se hisser à la hauteur des textes, il requiert à la fois sobriété et force.
La revue Nu(e) allie élégance et dépouillement dans la texture même des pages. La prise en charge des mots et des œuvres se fait donc l'intensité.
Les poèmes d'Arnaud Villani sont ici réinstallés dans leur élan essentiel : il n'est nullement question de pages marquées par l'abstraction ; en cet instant de rencontres il ne s'agit que d'humanité.
L'essentiel se joue dans le partage des troubles, des inquiétudes ; tout se noue dans la sensualité inquiète des lieux d'usure.
Oiseaux noirs et autres textes, Automnales, Fragments d'un discours amoureux, Quatre Christs sauvages, les paysans, les oiseaux introuvables de saint François…chaque partie, rythmée par les dessins retenus de Mario Villani, s'impose de présenter son titre, car il s'agit d'un itinéraire, d'une route véritable.
Motorkledingstore orpheuslaan 55 eindhoven gevonden in de rubriek.

Le monde de cet auteur paraît d'emblée travaillé d'érosions douloureuses et inéluctables, tout en ce lieu semble voué à la lente calcination du temps

le ciel rassemble des signes
les mains tremblent
souvenir s'épuise
rivière s'efface
Il n'est pas jusqu'aux formes du texte qui ne soient atteintes par cette douleur corrosive du néant.

Le monde effectivement dysfonctionne. Et les données habituelles semblent jouer, ne plus s'associer en termes logiques : un chien crie à côté de ses aboiements.
Le trouble peut agir sur les données réputées les plus solides

Pour voir le paysan
c'est toujours de derrière
la mort aux dents bleues
y circule transparente
paysan approximatif
à peu près de mots
et il s'éloigne
emporte avec lui le chemin

Dans ce jeu imprécis l'effroi se noue, à son tour créateur de troubles et de désarrois, le texte conduit aux bords de l'insolite, au seuil de l'étrange décalage quotidien : le soleil s'est levé du cri de banalité.
Vivre en pareil lieu relève de l'impossible douleur, de la rupture qui s'immisce dans la composition même de l'être ; se crée ainsi un texte en forme de supplique, ne me laisse pas à la porte de moi-même.
buy alcohol online in canada

La vie pourtant sommeille, surveille le cours des êtres et ne demande qu'à surgir. La femme est là, mystère inaltérable et minéral. Appel éternel, chargé de ce qui nous met en mouvement, elle sera le repère, l'audace et la force, l'audace unissant la terre à l'interrogation existentielle.

alors j'entends éclore tes bras de fleurs
ta poitrine sur mes seins
ton ventre contre mes doigts
ta hanche sur la nuit liquide
sur le buisson du vent
où toute une marmite de cris d'oiseaux
bout

Ainsi se dit la femme en son agencement et action fertile. Parce qu'elle nous met en relation avec ce qui est intimement étrange elle se fait porteuse de spiritualité et conduit à une forme abrupte de sensualité. De fait, elle nous place face au mystère composite de notre être.

Pour finir on s'adonne à la mort
tandis qu'en ces matins de lumière
un autre âge brille et respire au bout des seins
voici le cercueil de bois simple
et le corps sans vernis ni fard
sexe main bouche vides
voici devant l'assistance blotti
la fosse abritée du vent qui dérange les cheveux

Il n'est pas ici de " donna angelicata ", de Béatrice conduisant au Paradis. Tout se joue sur la terre, en ces espaces de paysans et d'oiseaux introuvables. La femme circule en fait entre paganisme émerveillé et révélation spirituelle, d'où la crainte et l'appel :

Sauvez-moi du ventre des femmes
sauvez-moi des marais où pullule leur vigueur

Prennent forme en ces lieux d'illuminations et d'intensité panique des vers absorbant l'ambiguïté du monde, revivifiant des figures bibliques par les mots travaillées :

Et Pierre pleura des larmes d'amour
à grande joie martyr d'angle ses fortes mains
placèrent la croix à l'envers
tête en bas rouge d'un énorme sourire
pieds au ciel comme pour renverser la vapeur
pour ensemencer l'effrayant vide
d'un peu de terre et de douleur
du sperme imputrescible de la bête

Point de salut tracé donc, mais une jubilation installée dans le fait même d'être. La poésie ici trouve son point extrême de justification, elle ne saurait se faire initiation vers une direction tracée ; sa fonction gît dans le trouble, et dans le choc. L'intelligence et le concept n'aboliront jamais le mystère du coup de dés ; dans le lancer toujours se révèlera notre vie. Elle mérite d'être explorée par l'imprévu de l'image, par la succession inhabituelle des mots comme des flacons éventés sous les piles de culottes. Dans une poésie de cet ordre, rien n'est acquis, tout est à faire…l'espoir s'imposera donc, à portée de mots.

Yves Ughes

Revue Nu(e). Abonnement : 3 numéros 50 euros - Les chèques sont à envoyer à L'Association Nu, 29, avenue Primerose, 06000 Nice. Numéros disponibles : N° 3 : numéro spécial Salah Stétié, n° 5 : Jacques Réda, N° 8 : Michel Deguy, n° 10 : Michel Butor, N° 11 : Yves Bonnefoy, n° 12 Alain Freixe/ Jean-Marie Barnaud, n° 14 : Marie-Claire Blanquart, n° 15 : James Sacré, n° 17 : Lorand Gaspar, n° 20 : Mahmoud Darwich, n° 21 : Henri Meschonnic

haut de page