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Lectures

Les notes de lecture

Jean-Claude Pirotte

Ange Vincent aux éditions de La Table Ronde

par Serge Bonnery

"Chanter novembre. Novembre le cantique. Novembre un psaume de soleil froid, de brume sur du gel, de teintes rousses lointaines". Tout l'art de Jean-Claude Pirotte est dans cette courte suite de phrases, comme on dirait d'une suite musicale.
L'écrivain résidant aujourd'hui en Cabardès, près de Carcassonne, n'a jamais caché son goût pour la musique, allant même jusqu'à avouer qu'il était un compositeur "frustré". Il arrive aussi que Jean-Claude Pirotte dessine à la plume : esquisses de portraits souvent dont il orne les enveloppes des correspondances qu'il entretient avec ses amis.
Le livre que Jean-Claude Pirotte publie à la Table Ronde se situe, par sa forme, au carrefour de ces différents langages artistiques : le texte d'"Ange Vincent" est musical. On le lirait presque comme une partition tant on y sent l'influence des musiques de chambre qui sont à la symphonie ce que la confidence est au discours magistral.
Le roman (puisqu'il s'agit d'un roman, comme l'indique la couverture mais peut-être pas un roman dans l'acception courante du terme) raconte aussi une histoire. Il s'agit, pour l'auteur, de travailler à la recomposition d'un visage, celui de l'Ange, ce à quoi il s'attache avec beaucoup de finesse, exigeant du lecteur une attention particulièrement soutenue.
C'est un peu comme si nous nous trouvions face à un puzzle à reconstituer : le jeu d'écriture se fait ici tantôt fantaisie, tantôt fugue, tantôt andante. Jean-Claude Pirotte entretient le flou qui convient à ce récit cadencé à la perfection : "Je parle, je ne cesse de parler pour rien. Je dis qu'il y a du vent, qu'il n'y a pas de vent, du soleil, des nuages et l'angoisse des matins". Il suffit parfois de peu pour atteindre à un absolu de Beauté.

Ce texte est également paru dans les colonnes du journal L'Indépendant

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