Jean Princivalle
Entre la marche et le repos ou la générosité du chant précaire
aux éditions de l'Amourier
par Yves Ughes
Ce texte ne présente que peu de termes négatifs, son mouvement essentiel est élan vers le bonheur, vers le désir de vivre tout au moins.
Le corps se souvient pourtant d'une catastrophe première ; la rupture intervient ici non pas comme une vue de l'esprit mais comme fracture de l'être qui se découvre soudainement double, et meurtri de choc fondateur : ювелирные украшенияJ'étais couple nu
amande double ignorée
close de bois dur
dans sa nuit ténue
et c'est pure contondance
si ce jour
a brisé mon âme en deux.L'homme à l'âme amputée se perçoit comme précaire face à la plénitude du monde. S'il choisit de parler, il doit faire face aux périls.
Ainsi l'éloquence pointée comme risque majeur. Compenser la faiblesse de notre condition par l'élévation glacée ou transparente relève d'un usage illusoire des mots. Grandiloquence urbaine et mécanique verbale, tout est lié en ces temps d'orgueil et de déferlement rhétorique. Buy Property in DubaiAu-delà des silences cimentés de verre
ici juchée entre péril et ruine
il y a cette éloquence au sommet, castel massif et verve du grand âge qui plia les hommes, bêtes et terres sous son joug.La prétention conduit au vide, le sommet pèse, l'éloquence impose à la langue le silence. Ainsi peuvent se dessécher les êtres pris dans la logique du factice, dans le vertige des mots débordants. Ne pas se tromper avec la langue donc, sans quoi l'âme brisée en deux se verra définitivement mutilée, incapable de percevoir la profusion heureuse et généreuse de la vie qui continue, malgré nous.
S'installe ainsi dans le texte sinon un avertissement au moins un appel
si un jour un instant le monde levait le masque
aurions-nous l'âme assez vaste pour survivre à cet instant ?Le poème ne peut se concevoir que dans ce combat pour l'élargissement de l'âme, il est consubstantiel de l'effort accompli contre le rabougrissement. Mettre un terme au scandale de l'immobilité, peut-on longtemps encore être insatiable d'osmose et cependant spectateur ? Mots de réveil que ceux-là, il est temps de se hâter. Si impatience il y a, elle relève de la gourmandise. Les textes de Jean Princivalle tracent des voies vers le monde, ils mâchent les mots -Arbre lié, arbre lien- pour mieux se réapproprier les saveurs que le désastre initial menace. Le poème se fait chant, puis couleurs, présence physique pour se fondre dans la pâte du monde A ce moment le ciel, drap de soie tendu d'orange pâle, dévoile de noirs nuages étirés d'une encre sans bavure, des cimes noires épurées d'un pinceau leste et sûr.
Et cette marche pour une communion retrouvée, arrachée à la précarité, place la femme comme un instant de fertilité. Entre marche et repos, elle s'offre comme autant d'îles qui ouvriraient l'horizon Iles ou elles, femmes plurielles, peuplade d'archipels et rosaire du voyageur qui grain à grain se rappelle.
Quand elle est vécue avec une telle amplitude, la sensualité est un chemin de salut pour l'écriture. Tout dès lors se charge de saveurs simples et, à terme, le monde sera une présence à caresser comme ces chevelures couchées dans un déhanchement des dunes.