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Leonardo Rosa dans l'espace Le Cairn

Un texte d'Alain Freixe pour Leonardo Rosa

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Leonardo Rosa

Les chariots du ciel (Taccuino delle cicladi, traduction Raphaël Monticelli) аренда вилл в италии

Collection Carnets aux éditions de L'Amourier (1999)

par Alain Freixe

Coaraze, Alpes-Maritimes. L'Italie est à deux pas. N'était-il pas naturel que la maison d'édition qui s'agrippe aux pentes du Feirion, l'Amourier, publie enfin son premier livre bilingue italien-français ? Que ce soit dans la collection Carnets, les amoureux des beaux livres apprécieront. Rappelons qu'après Daniel Biga, Michel Butor, Henri Maccheroni - On annonce sur des photographies de Jérôme Schlomoff des textes de François Bon - cette collection au format à l'italienne accueille soit des écrivains qui dessinent, soit des peintres qui écrivent. Avec Leonardo Rosa, c'était pain béni ! En effet, ce peintre aux nombreuses expositions internationales est un homme des restes - bois flottés qu'il ramasse sur les rivages corses ou antibois ou papier d'emballage qu'il couvre de sa pâte de cendres laissant sa chance à ce papier mauve qui sert à protéger les fruits dans leur cagette - et un homme des traces, de ce qui lève du fond du plus grand oubli, traces fragiles et précaires de ce qui est saisi à l'instant où il apparaît alors qu'il se hâte déjà vers sa disparition. Ce peintre est un poète, un homme préoccupé par ce qui se trame au long des jours des hommes et dont la langue est l'enjeu. C'est même là qu'est née sa peinture, dans ces zones où c'est la naissance des formes qui importe, après la poesia visiva - la poésie visuelle - des années 60-70. Voilà que la lumière grecque des petites cyclades lui donne l'occasion de renouer tous les fils. Traces et signes. Peinture et mots. Avec en tiers cette parole qui se cherche une peau, dans les matières ou dans les mots. Les chariots du ciel sont comme une chevauchée à partir de ce Kairos, ce moment opportun, ce suspens du temps où, sortilège du hasard, il fut donné à Leonardo Rosa de rencontrer dans une île des petites cyclades, à Donnoussa, ces signes peints, en larges bandes blanches, ces signes désancrés de tout savoir - Leonardo Rosa avoue avoir cherché en vain ! - ces signes qui s'imposent pour rien. Larges fleurs de roue ou roues de fleurs blanches, cheriots du ciel, véritable livre d'artiste contant dans le silence l'aventure du blanc avec le bleu. C'est à un " voyage dans le blanc avec bleu " que nous convie Leonardo Rosa dans ce Carnet. Là un artiste nous raconte son coup de foudre pour ces traces, pour le jeu des couleurs dans le silence de ces petites îles et comment le désir de poésie, cette inquiétude au sujet de la parole qui " libère du lieu où (nous sommes) enfermés / et ouvre les grilles de la solitude " est revenu comme ce " dont nous avons besoin ". Ces chariots du ciel sont un véritable carnet d'artiste. Soit ce lieu privilégié où l'on peut voir le réel faire brèche dans les habitudes et les certitudes d'un homme et s'imposer comme ce qui est à penser en mettant en œuvre d'autres travaux, d'autres approches du monde : retour de la couleur ou encore et mise en route de ce long poème La peau de la parole, à paraître bientôt en Italie. Ouvrir ce Carnet, le lire entre les lèvres des deux langues, c'est voir comment s'ouvre le monde pour nous provoquer à être. Cela rend heureux. Irrésistiblement.

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