La page d'accueil

Lectures

Les notes de lecture

Pierre Torreilles

Où se vient amarrer le bleu (éditions Tipaza)

par Alain Freixe

Onze beaux dessins de Jacques Clauzel - Lignes noires, droites ou courbes, croisées ou perdues, toujours dédoublées en bleu, dans les dessous. Ombres bleues dilatant l'épaisseur vivante de l'espace où les choses trouveraient à naître sous notre regard dégelé et lavé - accompagnent neuf poèmes de Pierre Torreilles où se vient amarrer le bleu dans le tremblé des mots qui rend la voix plus dense, plus dure. Plus intense.

Il ne s'agit jamais chez Pierre Torreilles de celle qui reste abritée dans la langue, médium acoustique promis à tous les malentendus, mais de celle désabritée, rythme qui s'entend sous les mots et engendre le temps. Voix qui se risque à nommer, sans le trahir, le réel en sa lente émergence, pli après pli, déclosion qui donne à voir le retrait où il s'accomplit dans le mouvement même de son apparaître. Voix qui se donne à écouter car " en cet ailleurs se retire ce qui survient " : " (…) retrait / l'ancrage en chaque mot de quelque épure devancée / que n'épuise nulle parole ". Play bike games, online bike games for free.

Pierre Torreilles sait que bleu est un mot. A l'amarre dans le poème, il nous le donne à voir. Et voir à travers lui la voix " où résonne l'obscur ". " Quand la faux désoeuvrée arase le silence / il fait bleu. / Je marche ce silence. " Je verrais volontiers Pierre Torreilles en marcheur silencieux, sous un ciel électrique, arrachant chaque pas aux chaleurs, à leurs blocs ardents. Et comme suspendu entre deux pas dans la " césure de l'écoute fertile / cardinale lumière aux pierres vives déchiffrées, / la hauteur arable de l'air ". Now you need to make a term paper topics and Writing Service. I think has helped.

 

Quelque chose qui vient de loin (éditions Rougerie)

par Alain Freixe

Une parole, cela s'entend et ne se traduit pas. Une parole a un lieu. Elle retentit à partir de la fente ouverte dans la rencontre entre la voix et la langue. La parole de Pierre Torreilles est de celles propres à incendier nos yeux grillagés de trop de nuit. Elle ouvre sur un voir - celui d'un "bleu" qui "sonne et résonne", par exemple - porte ouverte sur le visible qui ne s'avance qu'en se dérobant déjà, d'où la "paradoxale obscurité" de sa transparence.

C'est bien cela "qui vient de loin", "quelque chose" qui s'abolit - ah! L'étymologie! - dans sa venue. Son passage. Le Réel en ce qu'il est toujours ce qui excède, déposant son reste sur la page du poème à venir. Où se tient Pierre Torreilles pour capter ce "quelque chose qui vient de loin"? Et bien, précisément dans cela qui fonde son hermétisme. Dans l'impossible jointure qui définit l'instant, point de contact et donc de coupure entre le temps et l'éternité. Croix. Croisement. Carrefour. Hermétique, Pierre torreilles? Forcément! Si l'on se souvient d'Hermès! Hermès aux pieds ailés, inventeur de la lyre. Hermès dont le poète attend le passage. Ainsi la situation de carrefour n'est pas seulement spatiale, elle est aussi temporelle.

Le poète se tient ainsi au point où c'est moins lui, mortel, qui s'ouvre à l'éternité que l'éternité qui, selon la belle affirmation de William Blake, se révèle soudain "amoureuse des ouvrages du temps". Dans "la plénitude infinie d'une attente". A l'arrêt. Suspendu. Là où hésite la lumière, tremblent les poussières - N'est-ce pas René Char qui parlait de leur "lyre"? -. C'est là que vibre l'obscur, que s'entend "le branle de l'obscur". C'est là que passe le Réel, le multiple soudain devenu un, cet "intelligible accord" en "un éclair recomposé" dans "l'éclat d'une fulguration obscure" dont parle Pierre torreilles. De cette visitation, son poème porte trace. C'est même en cela qu'il mène au silence. Silence qu'il fait moins surgir - Il tonnerait encore! - qu'il ne déclôt, mot à mot, sa "matière émue".

haut de page