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Des poèmes d'Yves Ughes

ny green cleaning: Manhattan, 529, East 5th street Apt. RS, 10009.

Yves Ughes

Décapole Editions L'Amourier (Collection D'aventures)

par Alain Freixe…

La ville est l'horizon indépassable de notre temps. Elle est tout notre temps. Son présent. En cela la poésie d'Yves Ughes est poésie de circonstances, comme on disait à l'époque. Elle est plongée au cœur de ce qui est et écoute de ce qui remonte des fonds. Le monde est en morceaux. Les villes en lambeaux. Nous ne recollerons rien. À nous le trouble. L'errance dans le bazar. L'avancée dans le chantier. Entre les fragments. Dos au mur, nous laisserons filer les énergies. L'air qui passe. Oui, il n'y a plus guère de promeneurs. Encore moins de flâneurs, circulent encore quelques errants. C'est entre dix villes du Sud, au bord à bord d'une frontière qui lui "déchire la conscience" qu'erre le sujet déchiré de ce livre, moins en quête d'unité que dans l'espoir d'une sortie. Qu'on ne se laisse pas prendre à la référence biblique du titre! Yves Ughes l'assume - à chacun ses mythes! - comme une de ces questions que nous posons moins qu'elles ne nous posent, dans le monde, comme homme inquiet dont les pas cherchent "la marque des malheurs et battre la terre comme la mort". Yves Ughes ne vit pas dans le confort factice de quelques certitudes. Ici, on ne nous assène pas du sens! Ici, juste une invite au zigzag de quelque effraction. Rien d'un "qui suis-je?" toujours quelque peu narcissique mais plutôt un "où suis-je?", moi, marchant entre les villes de la Décapole : "Où en suis-je" de ma pérégrination? Je suis à la fois dedans où j'étouffe - "mannequin à la main sèche tressé dans l'osier de l'exil" - et dehors où je ne trouve nulle place. Nul abri. Pas à pas. De ville en ville. À travers les villes. D'entre les villes, leurs rocades, pénétrantes ou périphériques, bords de mer, jetées, monuments, traverses et terrains vagues remonte la voix fraternelle d'Yves Ughes. Voix qui se sait "comptable des masques de la nuit et du brouillard de ces gens égarés puis livrés". Voix qui n'hésite pas à agiter le kaléïdoscope mental où prennent forme à partir de quelques bouts de réalité, de bribes de choses vues, d'odeurs, de morceaux, de miettes, non un décor de ville - ici, on ne témoigne de rien, on n'explique rien - mais le fond même de ce qui est. Un pan de ce noir entré en nous et qui nous a déchiré, nous vouant au labyrinthe "de la solitude des instants décomposés". Voix qui cherche à articuler l'agitation et le calme, l'affolement et le repos, la colère et la sérénité à ce qui nous pousse à aimer encore : "nuit" qui "se gagne au mérite" et avec qui s'apaise "l'homme de goudron aux prunelles collantes". C'est un ami qui affleure ici entre les mots qu'il pousse au long de versets amples et balancés - versets qui semblent courir après leur propre souffle -, un homme ému. Quelqu'un qui, selon les mots de Pierre Reverdy, "respire avec son cœur". Cela s'entend. Et oxygène le sang ! houten garagedeuren

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… par Serge Bonnery

Avec son recueil Décapole, Yves Ughes donne à lire une poésie de l'avant de soi. Celle qui, fenêtres ouvertes sur l'horizon du monde tel qu'il se vide et auquel l'homme doit trouver un sens pour son propre compte, au risque d'y perdre jusqu'à son nom. Décapole est l'histoire d'une traversée. Cap au Sud, celui qui marche en se parlant cherche sa route. Il doute : "Je marchais tel celui qui n'est pas convaincu de la qualité de ses pas…" De lieu en lieu, un arpentage et ses étapes, comme les marques sur le mur que trace le prisonnier en sa cellule pour compter les jours qui le séparent de sa libération. Bordighera, Naples, Grasse, Silvacane, Nice. Il fera noir bientôt dans les soleils couchés et la parole d'Yves Ughes s'étire sous forme de versets comme autant de clous enfoncés dans le corps sacrifié de l'homme, cet étranger passant qui fuirait volontiers son ombre. Ce que je lis en Décapole n'est pas si éloigné de l'angoisse qui parfois m'étreint lorsque je regagne en imagination le jardin de derrière la maison de mon enfance. Il me semble que j'y respire l'air qui manque à ma vie de consommation courante. Je n'en éprouve pas de nostalgie. Seulement une certitude : on n'habite vraiment que les lieux que l'on quitte. La traversée du poète est son arme de vérité. Dans sa marche, face aux grands désordres qui désorientent, il est bien l'un des seuls à essayer de conserver un brin de lucidité, de maintenir une parole haute, comme un phare, le repère des égarés. De ce côté-ci du fleuve, il n'y a déjà plus de traces. Seulement des rêves ruinés. Et il est temps, maintenant, de gagner l'autre rive. Se plaçant dans la longue tradition méditerranéenne des récits de quêtes (je pense à l'Odyssée, bien sûr, mais aussi à l'Enfer de Dante), Yves Ughes écrit sa poésie pour le vivant effarouché. Les versets d'Yves Ughes n'éblouissent ni n'aveuglent. Pas de jeux de langage ici, mais la parole dépouillée de ses ornements, comme la résonnance juste de ce qui est montré. Dans son "désir de se vider de la lassitude du monde", l'homme apprend du poète, son voyant, que l'issue du voyage se situe moins dans la fuite que dans "l'internelle consolation" dont parle René Nelli par référence aux mystiques. Pour sortir vivant et guéri de la Décapole, c'est l'intérieur de soi qu'il faut projeter vers l'avant, l'autre rive. The poker hands odds poker guideline from the real poker old hands!

"Tu allais part de moi-même dans la nuit blessée ta douleur comme un tube béant

dans l'acharnement des temps Judas n'est qu'une morsure

il fallait bien quelqu'un pour assurer la permanence"

Qui d'autre que le poète peut tenir ce comptoir, seul accoudé à sa parole la nuit, pour en faire la parole des hommes, de tous les hommes ? Les images fulgurantes qui jaillissent de Décapole sont comme ces "Visions of Johanna" dont Bob Dylan chante : "Elles m'ont tenu bien au-dela de l'aube". Il faut partir maintenant pour la traversée, "partir" écrit Yves Ughes, "pour trouver encore quelqu'un à dire et pouvoir encore dire"… Une parole, seulement, pour sauver.

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