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Les poèmes de Jean-Gabriel Cosculluela sur des mots de Valente

Antoni Tàpies et José Angel Valente

Communication sur le mur

(traduit de l'espagnol par Jacques Ancet et Edmond Raillard) aux Editions Unes

par Alain Freixe

Valente, Tàpies. Un poète rencontre un peintre. A moins que ce ne soit l'inverse. Ou encore que l'échange tienne tout entier dans la volonté de Jean-Pierre Sintive, l'éditeur, l'ami qui contre toute chronologie a choisi d'opérer une remontée dans le temps avant de dresser en dernier extrait, un poème de Valente de 1987, comme expression même de cette "spiritualité de la matière", "secret et transparence de l'œuvre de Tàpies". Ainsi ce livre s'ouvre sur une Conversation entre Valente et Tàpies, entretien qui avait servi de préface au catalogue de l'exposition Tàpies à la galerie Lelong en 1996. Il se poursuit par un texte de Valente Cinq fragments pour Antoni Tàpies que les lecteurs de de Materiel Memoria de 1979 retrouveront avec intérêt, véritable écho d'un texte plus ancien de Tàpies, Communication sur le mur, qui date de 1969. Enfin, précédé de son arrière-histoire, c'est le poème de Valente, Escriptura sobre cos que nous évoquions plus haut.
Ce poème est , à mon sens, le moment même du mur. A partir duquel tout est à relire. A reparcourir. A reprendre. "J'écris, / tu écris sur de l'ombre, du corps, où / la lumière vient t'appeler, obscure".
Les murs des poètes et des peintres pour être du monde ne sont pas dans le monde. Déjà là. A attendre, dans leur étouffante massivité, mots ou signes colorés. Ces murs-là, poésie et peinture, loin de s'y appuyer, cherchent à les abattre. Des poèmes de Valente comme des toiles de Tàpies, il ne convient pas de dire qu'ils signifient mais qu'ils manifestent. Poèmes et toiles sont des présences. C'est dans ce processus de désinstrumentalisation du langage à l'œuvre chez Valente ou dans cette " épreuve des formes " chez Tàpies que surgissent ces murs comme matérialisation du silence au cœur duquel on voit s'éloigner dans le dire lui-même ce qui ne peut être dit et qui reste notre querelle. Bien sûr, comme le dit Tàpies, "l'idéal, peut-être, serait qu'il n'y ait besoin ni de peindre ni d'écrire, que d'un seul geste nous communiquions entre nous et nous atteignions cette vision de la réalité ultime", oui, mais voilà le réel reste à distance. Et de ce côté-ci du monde, c'est sur le mur dressé en lieu et place du réel que nous pouvons communiquer.
A l'écoute de "ce chant d'amour secret qui se manifeste ici sans perdre son secret", selon les mots de Valente, se retrouvent les amis. Ils suivent des yeux le silence qui les regarde.

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