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Lectures

Les notes de lecture

Martin Winckler

Touche pas à mes deux seins (Le Poulpe) Editions Baleine-Le Seuil 2001 Makita 5740NB Factory Reconditioned 7-1/4 inch Circular Saw . Should you look at indian movies list pages?

par Yves Ughes

C'est un fait entendu, Martin Winckler ne pratique pas la langue de bois, le genre figé non plus. Sous sa plume, l'ordre est décapé, mis à mal. Y compris l'ordre littéraire. Le sacré des attributs immobilise, limite les hommes et les emprisonne, les attributs doivent donc être jetés bas. Les médecins le savent bien, derrière leurs tenues de travail certains d'entre eux ont certainement pris en compte cette phrase corrosive et réaliste de l'auteur, la blouse blanche est l'armure sur laquelle rebondit la douleur du malade. La phrase est révélatrice d'une démarche générale qui remet en cause les évidences respectables. Comme toute provocation de qualité les textes de Martin Winckler nous guident vers ce qui interroge nos conditions, nos douleurs et les fonctions sociales qui se situent en ces points névralgiques.
Rien d'étonnant dès lors de voir cet auteur faire une incursion dans la série Le Poulpe, ce personnage libre, curieux, contemporain. Ce n'est ni un vengeur, ni le représentant d'une loi ou d'une morale, c'est un enquêteur un peu plus libertaire que d'habitude, c'est surtout un témoin.
L'esprit de la série est respecté, avec virtuosité et délectation, mais également animé par une profondeur littéraire qui ne peut pas ne pas surprendre.
Certes, tous les éléments du roman policier sont réunis, et pourquoi les bouder, au nom de quel supposé bon goût ? Le premier chapitre est traversé par un humour destructeur qui opère comme un vrai délice. Nous sommes d'emblée placé en présence d'un notable qui paraît issu d'une prestation au journal de 20h. Béatement imbu de lui-même, emmanché, couronné, se posant néanmoins des questions sur une impuissance virtuelle. Mais la chimie est là, d'emblée, proposée par les groupes pharmaceutiques, et elle vient palier les faiblesses redoutées. Ah, ce Rut497 ! Tout est dans le chiffre. Quant à la maîtresse, vu les goûts du mandarin, mieux vaut qu'elle absorbe des euphorisants. La mort rôde pourtant, et survient et agit.
Le roman dès lors adopte un rythme perturbant, il éclate en récits qui interrogent le genre même. On frôle la remise en cause, mais ainsi prend forme le sauvetage de la narration. Le présent éclate et le passé ne s'explore qu'en visions rotatives. Des personnages nouveaux investissent le cadre, remettent en cause la vision unique et demandent aux lecteurs une reconstitution forte. Respect donc de celui à qui l'on s'adresse, pour qui l'on écrit.
Dans cette démarche émergent des données qui nous tirent hors de nous-mêmes. Pour nous y reconduire sur un autre mode. Les seins, la gémellité viennent agir sur les phrases, provoquant cassures et éblouissements. La langue traditionnelle est court-circuitée par ces forces agissant sur nos tissus profonds, les nouant même : Après l'amour, elle me tournait le dos, se collait contre mon ventre, se lovait entre mes bras. Et moi, je posais ma grande paluche sur ses seins, que j'avais apprivoisés en apprenant à les aimer et qui ne lui faisaient plus mal quand je les embrassais, quand je les prenais dans mes mains. Mais cette nuit-là, ce n'est pas l'amour que j'ai tenu dans mes mains, c'est la mort. Vrille étrange et superbe de la vraie littérature, celle qui casse la " mer gelée de nos sentiments " et permet la circulation de nos craintes, angoisses et mythes profonds.
Le texte ainsi se multiplie, se ramifie, creuse et joue sur tous les tons. Au cœur de cette démarche se trouve une foi profonde en la narration. Raconter, en ce mot tout converge. Les séries télévisées américaines savent raconter, le chapitre Vidéodrome n'en fait pas simplement l'éloge, il souligne à quel point il faut retrouver les voies du récit. Et l'on avance vers le dénouement de l'intrigue en se demandant s'il est légitime d'avancer, de lire, de délirer en lisant.
Point de réponse didactique, mais un art conforté par l'exemple.
Avec ce texte de Martin Winckler la mise en abyme conduit au cœur de soi-même, par une écriture faite d'exigence et de jubilation.

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