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Blessure : un texte de Louise Brun sur remue.net

Limites du corps couché (1) est en ligne sur chaoid.com

Louise Brun

Limites du corps couché (2)

 

I

De manière assez paradoxale, pour sortir de ce vide et retrouver l'équilibre (ne pas tomber, ne pas chuter, comme une obsession, comment font-ils, eux, les autres, pour ne pas tomber, chuter, tenir debout et marcher, si forts, si), j'ai commencé par avoir envie
De
Me recroqueviller
Sur moi-même, dans une position
Quasi-fœtale, mais
Douloureuse, aussi, à éprouver l'envie
De (se replier sur sa douleur, dans une posture insalubre mais)
Et de rester là, ainsi, sans plus
Bouger, ni même
Pleurer,
Comme hébétée

Seulement sans bouger (mais je ne veux pas, je ne veux pas rester là, je veux m'en aller, aller ailleurs, je ne sais pas où, partir, rester, je ne sais

Dans une sorte d'immobilité absolue, pour me sentir, me semble-t-il
Comme en dehors, ou abstraite (oui, c'est cela, abstraite, c'est-à-dire retirée, mais aussi comme une abstraction, comme si je voulais devenir une abstraction, une forme vide ?) en tout cas dans un temps suspendu, je voudrais me sentir, comme
Posée
Sur une surface vierge et lisse de tout passage du temps
Pendant un moment, le temps de
Se
Reposer.

Absolument
Protégée (de moi, du temps qui passe, comme hors d'atteinte, invulnérable au temps qui passe
(hors) d'atteinte de toute
agression, projection, possibles mais pas encore identifiées d'ailleurs, un sentiment sourd, plutôt, assez indéfini, je ne sais pas ce qui me traverse à cet instant, ni
fait écho
ni, résonne)

Ces longues lignes de résonance, qui me traversent le corps, tendraient parfois à me faire courber
L'échine est lourde, comme sous le poids, ou qui m'isolent
Ou bien me font
Au contraire me redresser, mais trop, et je suis trop arquée en arrière
Comme ce serait si je portais quelque chose en démesure du corps
La sensation d'une disproportion ?

De quelque chose qui n'est pas moi, à l'intérieur de moi, mais qui me malmène, pourtant.

 

II

Quelque chose - invisible rumeur - qui s'enfle dans ma bouche, mon sexe, jusqu'à l'étreindre - en éteindre le feu ? - qui arrive aux bords de mes lèvres, asséchant le désir, (puis plus rien, la sidération, l'arrêt brusque, brutal, l'arrêt des mots, le silence, le vertige, m'empêche de parler, me tord les lèvres

Mais rien, pas de mots pour dire cela, cela qui est et n'est pas, qui est dans l'absence de mots et se défait dans les mots-les maux,, il n'y a rien à entendre

À dire, ou si, justement

(toujours silencieuse et violente, elle a pourtant longtemps croupi au fond de moi, menaçant sans cesse de rompre la digue, de m'envahir, m'envahissant parfois, jusqu'où ? alors sensation de danger,

- avant que je ne me décide, peut-être, à rompre le silence, je l'entends, la sens qui remonte, me lavera-t-elle encore cette fois de toutes mes écumes larmoyantes et criantes ? Car qui suis-je pour crier ainsi, qui suis-je donc pour me plaindre ainsi de ma guerre intestine, de cela qui me mène encore et m'oblige à choisir, chaque jour, ou presque à chaque instant, de vivre ? (Je préfèrerais parfois sombrer dans le tréfonds de l'oubli, me mortifier moi-même me soumettre moi-même à l'absence plutôt que de la supporter ainsi, au risque de mourir, mais non, je dis n'importe quoi, je ne veux pas, ni mourir. )

Et rompre le silence pour endiguer le flux qui me dévore, le gouffre qui m'isole.

 

III

Et encore, cette nappe noire comme une rancœur (pourtant, la haine, la rancœur et l'amertume sont plutôt tout ce que je combats, et voilà que ça se déverse)

Que je n'arrive pas à dépasser. Ironie. Auto-ironie car c'est à cela que je réagis si durement, en me méprisant moi-même, je crois. Difficile d'aller le dire, difficile de l'articuler, difficile de dire

(Ici, simplement j'essaie), que l'on veut vivre autrement, autrement que dans ce que l'on n'aime pas,
Je me moque en même temps de moi-même à vouloir exister autrement que dans un songe, extrême, triturant, mordant. Prétention à vouloir vivre autrement qu'en se faisant mal, à rompre

La chaîne, du malheur. Mais c'est aussi rompre l'étreinte fatale du temps qui passe et qui ne va qu'en me tuant…

Le choix est fait, ici, maintenant.

(bien que surgissent encore, les fantômes, Hors champ, hors limites, il y a l'amour inaccessible, et le corps qui enfreint toujours la loi de mort qui pèse sur moi - ouvrant la déchirure

sur moi, au-dessus de ma tête, pèsent encore ces désirs de mort

heureusement, il y a maintenant le langage qui sans cesse, trahit la mort. Défi. Ou la défie ?)

Tant le désir m'écartèle encore, pourquoi ne puis-je désirer la vie, sans désirer, aussi, la mort ? Mais je vis.

Je me méfie seulement un peu du désir. Une obsession ? Renverser le Temps.

 

IV

1.

C'est finalement dans le lent retour sur soi-même que permet la présence invisible de l'Autre que renaît le mouvement

Lente danse hors de soi, ensorcelante, ou brusquement dé-concertante,

Enchantée/ où ce qui brise parfois l'élan se dénoue à son tour pour que l'élan, même à mon insu, se poursuive

Le cours du temps déroule un fil d'or sous mes pas

Sur lequel je les pose, un à un, jusqu'à, ce qui se dessine alors
Sortant de l'ombre,
L'apparition
Du visage.

 

2.

Caresser le visage comme on le dessinerait,
Retenir à la surface de la peau du bout des doigts ce qui
Affleure/ après avoir tant crié le mal d'amour comme une plainte à Dieu
Souffrir seulement, là où le pire serait de ne plus jamais souffrir, pour que

Le Temps à jamais cesse de s'effacer, mais

Continue sous nos

Pas, épuisant la mort, et cherchant toujours, encore

Ce qui de la nuit et du Jour vient,

À notre rencontre.

Texte et peintures de Louise Brun (tous droits réservés)

 

De l'amour (Aube)


Douce résistance, au silence qui envahit parfois
qui nappe le creux des corps,
ou s'insinue sous la peau

sans receler les mots
qui disent larmes et peurs
émois et tréfonds

De l'âme, laissée ainsi seule
qui vacille, se blesse
jusqu'à oublier parfois

de vivre,
de respirer
dans le silence des corps
dans le silence opaque
et fertile de l'amour.


Lente mais sûre résistance à l'Ennui
qui asphyxie parfois le silence même, dans une
respiration
haletante
ou hésitante
lorsque l'air
semble soudain
s'arrêter, se figer
d'émoi, anxieux

et que l'ennui, heureusement défaillant, s'insinue
alourdissant la chair
lourde encore des angoisses
récemment écloses
à moins que - plus
anciennement
et se perdent

dans les tissus de l'aine engorgés
soudain irrités
presque irritants.

Résistance à la faille
qui soudain empêche de parler
de dire ce qu'il faudrait sûrement dire
en toute sérénité et
sereine tendresse

À l'autre qui entend, attend
ce qui se murmure à peine
À l'autre qui attend
ce qui à peine s'entend
Dans le silence devenu doux
enveloppant les battements doux
de leurs corps lentement combattant


(la douleur qui les isole, sans pour autant
leur appartenir, ni toutefois les séparer)


Et s'abandonner, dans un souffle à
peine articulé, un sourire
ou quelques mots
et offrir la lumière
qui traverse
et éclaire
leurs visages,

sans la peur,
sans réticences
comme dans la nuit
qui s'achève.


Offrir
Les larmes
de bonheur
qui roulent
alors
comme une
délivrance.

Texte et peinture de Louise Brun (tous droits réservés)

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