Lectures
Liens avec
Jean Gabriel Cosculluela
Tomber dans tomber
à Teresa et Antoni Tàpies
à Coral et José Angel ValenteLe silence manque. Le secret manque. Mais comment demander plus de silence, comment demander plus de secret ?
Reste à ouvrir un livre pauvre, froid, un livre de rien, dans la proche soif du mot.
La lumière obscure de la buée est l'autre nom de la cendre."Tomber dans tomber "
(Marina Tsvetaeva)"C'est inépuisable parce qu'il n'y a rien "
(Jean Bazaine)Y habiter incessamment la calligraphie de la soif.
Rien se rompt dans rien. Tomber dans tomber. Au bas d'un seul mot, la goutte de silence, la dernière note du calligraphe.
Les mots du désert viennent rompre le silence. Les mots se sauvent impossibles, inouïs dans la buée. Ils tombent dans tomber. Ils se confondent avec la solitude extrême de la buée.
Le silence manque. Le secret manque. Et mot, image, terre sont faits de silence, de secret, ils répètent le manque contre l'épuisement.
Reste à ouvrir souvent le livre pauvre, tomber. Inépuisable. Il n' y a rien, hors le livre pauvre. place free ads© Jean Gabriel Cosculluela
extrait "D'un retrait", inédit, décembre 2001
DaletÀ José Angel Valente
avec des mots de Louis-René Des Forêts, Jacques Dupin, Jonathan Baumgard et Paul Celan
Vers la parfaite obscurité diriger ses pas... le lieu premier, le non-lieu, le rien de rien où tous les mots étant heureusement abolis, le silence même perd sa nature et son nom.
Vers cet andain dont nous ignorons presque tout, nous portons la lumière mais comment.
Nous ne pouvons que taire la lumière et la pauvreté qui la traverse.
Peu à peu, sans bruit, le ciel brûle; à terre, le pas disparaît dans l'ombre.
Séparés, nous taisons aussi le haut du ciel, brûlé, disparu silencieusement.
La gorge serrée, nous rendons même le silence et nous n'avons plus de noms.
Séparés, nous trouvons un alphabet aveugle et l'heurt du secret.
Ce qui est brûlé ne s'efface pas.
Ce qui est brûlé entre les mots de terre et de ciel, de temps et de silence.
Ne retournons pas ces mots. Il n'y a pas de solitude. Il nous reste à creuser.
Juste un peu plus loin, ces mots: a été; puis ce mot: été. Seul. Seul et il n'y a pas de solitude.
Nous nous trouvons avec la mort et le corps nu du secret.
Nous nous trouvons à heurter le noir,
terre et ciel.
Un serrement.
Nous n'apprenons rien du secret
même en creusant un trou noir.
Rien de rien.
Au fond du trou. À découvert, recouvert... J'attends très bas la première goutte d'eau souterraine qui décomposera la lumière. L'éparpillement dans la terre des lettres d'un nom éclaté.
De la première leçon de ténèbres, nous retenons la lettre (dalet), la porte pauvre.
Mourir de toute sa vie. Nous trouvons ces mots dans la gorge de l'enfant. Et l'ombre du silence.
Nos bouches sont buée et terre noire.
Nous reste à traverser le grain pauvre de la lumière
mais comment.
Nous sommes en terre dans les bords perdus de la lumière,
nous déplions la lumière.
La mort a très peu de place, tout juste un "mouchoir de silence",
mais la mort n'est pas un lieu perdu.
La lumière s'effondre dans la lumière.
Il n'y a pas de solitude.
Nous nous baissons.
À tout le moins.
Nous mettons le silence à lumière dans un trou à même ciel et terre.
Nous parlons d'un livre brûlé dans le même temps
vers la lumière
et vers les ténèbres.
De nos mains souterraines, nous creusons une porte pauvre
vers la lumière
et vers les ténèbres.
Nous. À vif.
La lumière n'appartient pas.
Un premier mot s'expose déjà à la mort.
Ceci est un mot qui chemina à côté des mots,
un mot à l'image du silence.
Il n'y a pas d'autre mot :
il n'y a pas de solitude. naughty games© Jean-Gabriel Cosculluela
S'amuïr à Thierry Metz
"Le silence n'est pas le silence"
Paul CelanCreuser un trou dans la terre, le mot et les mettre à nu. Composer le
silence à la main, en tas, resserré au bord du trou. Le silence est
inachevé, à bout de mot; il y a toujours un mot plus bas que l'autre.
Creuser le silence même, garder l'alphabet du noir, habiter le seuil
toujours affouillé des mots.
Le seuil affouillé des mots rappelle une épaisse couche de neige.
S'amuïr sur le seuil.
S'amuïr sur le deuil.Pas. Celui à Jacques Dupin
1Pas. Celui
qui sans arrangement
pas terrible pas
dérobé à l'imprenable
torrent
pas celé
traces où il passe
l'esseulement
se lit d'un bloc
innommé2
Mots de passage
où il reste au secret
à scander
l'abrupt3
Il n'y a personne
sur le seuil
pour rester
avec l'éclat
un jour d'avril
et d'éphémèretout commencement
est désert
là-bas, déjà là
n'importe où
la montagne4
La lumière du jour
restée dans l'eau
chemin perdu
près du refuge
et des noms blancs
pas5
Pas. Celui
qui debout blessé
feu noir
sur feu blanc
passe ces mots
lettre invisible
entravée
de son souffle
dans la montagne6
Ce manque des derniers mots
cette conversation ruinée
son souffle seul
où cogne comment dire
le poème
Pas. Celui
Seul.Pierrier. Fleur à Éric Celan-Antschel
(avec des mots de Guennadi Aïgui , Raïssa Sarbi et Paul Celan)Montagne.
Pas. Celui.
Pas.
Près du torrent,
le chemin d'oubli.
Pas.
Près du pierrier,
qui oublie ?
Mes yeux tombent en arrêt
C'est le brasier d'une fleur.
Le nom seul de la fleur
dans sa bouche.
Champ.
Pas.
Dans ce champ à personne,
cassé.
Pas. Celui.
Il taille des silences
dans le pierrier.
Peu de silences.
Dans le pierrier
- contrainte de lumière -
Pas.
Il dérange la terre des morts.
Il n'y a nul passant.
Pas. Celui.
Dans sa bouche nue,
la fleur seule.
- l'alphabet inouï
de la fleur seule.Pierrier. Fleur.
Dans le froid,
L'innommé n'appartient pas.
Son visage cèle
une famine de mots.Berger de gel à Victoria Pradilla et Alfonso Alegre Heitzmann
(avec des mots de Paul Celan)
Il fait l'expérience de l'ombre, il parle vers la terre. Le premier mot fut
de terre à l'affût du premier silence. Il creuse le trou d'un seul mot dans
le gel, le nom terrible de l'ombre. L'ombre comme notre matière même.
Berger de gel, il habite le trou de mot,
le vieillard de Huesca...
............................ il nous dit
dans la main le mot qu'il nous fallait, c'était
de l'espagnol de berger, en lui,
dans la lumière de gel...Garder le blanc ou le bleu de l'ombre, garder le berger de gel: il n'a qu'un
trou de mot.© Jean Gabriel Cosculluela, 2001.