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Lectures

La poésie contemporaine

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Cathy Garcia sur son site délit de poésie

Cathy Garcia

Deux textes extraits de "Pandemonium 1"


Je bois

Je bois au luxe pâle des galeries

Dans le lit des rivières sacrées,

Je bois aux mosaïques lumineuses

Du panthéon des muses

Et leurs attelages de félins !


Je bois à l’odeur circassienne

Des musiques de départ,

Au goût frais et humide du voyage,

Aux atomes de rêves dans le sang.


Je bois au désir de révolte

Qui bat dans les cœurs limpides

Et à la vérité qui chemine

Aveuglée de poussière !


Je bois le désert, je bois la soif,

Je bois comme je marche,

Jusqu’à la réflexion ultime,

Jusqu’au miroir insondable,

Cette source glacée

Qui nous a enfantés !


Je bois au centre du cercle

Et je bois aux quatre directions,

Je bois les étoiles cachées sous le sable,

Je bois les parfums cachés sous la peau.


Je bois à la magie, à l’union, au mystère,

Je bois la flamme et la révélation.

Je bois à l’être singulier

Qui donne ses sens aux multitudes !


Je bois les frissons du vent

Et la montée de la rage,

Je bois aux anges dégringolés,

Je bois le rire de l’Homme à l’infini.


Les ruches célestes

Trop de clichés suicide,

Dans ces grands cieux limpides

Qui me parlent de si haut !

Je les entends marcher

Au plafond de mon crâne,

Sur le sable, les pavés,

Chargés de mots profanes.


Des singes et des poèmes acrobates

Dégringolant les échelles

D’incarnat et de miel !

Trois cents blancs cavaliers

Surgissant des murailles !

Le ciel rouge comme une entaille

Et ses milliers d’abeilles,

Corps de soie et de cannelle

Aux abdomens mutilés,

Qui s’abattent sur mon sommeil

Et poignardent mon oreiller!


Grand bleu translucide,

Elixir de pleurs,

Les parfums interdits

Imprègnent les vapeurs

De leur souffle indélébile.


C’est ce que j’appelle le soleil !


Dans le noir encrier

Où l’espoir va puiser,

Le cœur d’une bougie

Vacille dans la nuit.

2001 (extrait de "Pandémonium 1" - tous droits réservés)

 

Textes nouveaux

 

La vie va !

Dis vague, où va la vie ?

La vie divague

Selon ses envies !


La vie vogue

Et la vigie voit,

La vie bogue

Et la diva boit !


La vie zigzague,

La vie exode,

la vie élague

Les nuits sans joie.


La vie s’évade,

La vie pirogue,

La vie cascade

Et puis s’en va !


Dis vague, où va la vie ?

La vie est vague,

Je suis la vie !


Le septième sens

L’âme nue, coquillage brisé

Dans un mouchoir de peau.

Une algue violette

Au cœur du ruisseau,

Un trou dans le four à vie !


L’air d’un rire, sa note, son parfum,

Puis la coupe noire, vin du pirate,

Les fards du défunt.


Mains sur le corps

Mirage !

L’île, clé du silence,

La valse des innocents

Accrochés aux nuages.


Caractères de loups tendres,

Des lunes

Trop pleines d’attendre,

Trouver où ranger

La toile et le venin !


Le chant de l’oiseau dans la neige,

L’enfant rouge avale un rasoir.

La traînée sombre du cortège,

Le port défendu de l’espoir.


Peut-être un dernier vol ivre

Vers la dent de l’Eden,

Pour jeter têtes vives

Les bourreaux dans l’aven !


La cible amnésique

Amour amadoué

Par un Mozart

Criblé de ratures.


Poisson et carapace d’or,

Vieux lézard taciturne,

Chien bleu des sables qui mord,

Martin-pêcheur de lunes.


Queues de scorpions

Plongées dans la peinture,

Oeil de papillon

Accroché aux ceintures.


Soupir gommé par trop d’azur

Dans un nouvel accès de fièvre,

Dévorant le ciment des murs,

Pendu au masque rouge des lèvres.


De l’amour

Braconné

Ne reste

Qu’une plume.


Extrait de Papillon de nuit

 

Papillon de nuit

Au coin d’une rue,

Peut-être la nuit,

C’est ton regard qui m’attire !

Ce papillon noir qui fuit,

Cette fièvre étrange,

Cette pâleur sauvage…

Te savais-tu androgyne ?


Qui es-tu, drôle de créature ?

Tu m’as rappelé bien des souvenirs…

Ton corps tendu qui se dérobe,

Tes mains de rustre qui cachent un poème

Et ce murmure rauque qui coule dans tes veines,

Le souffle du chat !


Oui je sais, toi, tu n’attends personne,

Mais moi, vois-tu, on ne m’attend pas !

On me croise, simplement

Et parfois sous la lune

Quand je me glisse entre ses doigts,

Mais j’avoue ton filet l’air de rien

M’intrigue et me fascine !


J’ai rêvé que ton âme s’ouvrait à moi

Noircie comme les pages d’un livre.

Nous avons dû certainement, toi et moi,

Nager autrefois en des eaux communes,

Peut-être bien sur cette autre planète

Imaginaire, je présume…


Je ne sais pourquoi, au coin d’une rue,

Peut-être est-ce la nuit,

Papillon qui se noie,

J’attends encore.

2001 (Extrait de "Papillon de nuit" Franche Lippée Ed. Clapàs)


Les premiers textes en ligne sur chantiers.org

Décadence

Les néons électriques
Se brisent
Sur les silex trop aiguisés
Des balises de l'Histoire.
Les voiles tendus
Sur toutes ces femmes
Aux regards éperdus,
Sont des flammes noires
Qui brûlent
Dans ma mémoire !
Les pleurs offerts
Aux vastes océans
En breuvages amers,
Font naître des rivages
Aux lèvres du néant.
De longs sillons creusés
Sur les visages souffrants.
Notre futur égaré
Au-delà des limites.
A trop le cajoler,
Voilà qu'il nous évite !
L'espoir s'effrite
Sur l'arête du progrès
Et les derniers moulins
Ont égaré leurs ailes.
Tous nos rêves stockés
Dans des cylindres métalliques,
Des embryons congelés !
Seules nos âmes
N'ont pas encore été
Disséquées.

© Cathy Garcia et éditions Clapas

Hymne à la demeure

La maison, l'ossature, colonne vertébrale se terminant en cheminée, la roue aux mille pétales de fumée. Un pas de porte et de sérénité. Le regard porte loin à l'intérieur !
Les quatre premiers murs et tous les autres, écran, barrière, protection...
Blanchis à la chaux ou recouverts de velours, ils sont les témoins silencieux de l'érosion du temps, cocons de solitude et des retours sur soi.
Sur leurs épaules, repose la toiture protectrice et sécurisante, de tuiles, de chaume, de boue ou d'ardoise. Ombrelles de paille ou d'étoiles tissées, pour abriter les rêves de tous les nouveau-nés.
Sur la terre, le sol battu ou carrelé, jonché de propos et de pensées roulés hors de la corbeille à papier. L'âme reste rivée à la porte, grande ouverte aux nouvelles promesses, à la joie qui éclôt au cœur du silence d'avant l'aube.
Une cour abrite une petite maison bleue, ouverte aux quatre vents et aux oiseaux qui viennent s'y nourrir mais pour l'instant c'est la nuit ! Couverture de soie tirée sur soi sous le regard hypnotique de la lune qui ce soir, observe le monde avec une lucidité mordante.

Fragments

Il y a des larmes dans le chant d'un homme, des perles d'amour qui coulent entre ses doigts. Il y a des frissons sous ses paupières, des éclairs noirs, une foule muette ! Le soleil qui brûle et le sable tournoyant dans l'immensité.
Il y a de la joie dans les yeux d'une femme qui contemple les étoiles. Un jeune marin à ses côtés, lui joue de l'accordéon. Elle porte des rides autour de sa bouche, un feu d'artifice de sourires et de peines. Cette femme a beaucoup vécu !
Il y a bien du bonheur qui colle aux lèvres d'un enfant, pleines de jus rouge et sucré. Un bonheur qui sent l'herbe verte et le beurre frais. Le sourire d'une grand-mère et la douceur du chat contre des petits mollets égratignés.

De bas en haut

Invectives voilées, brandies avec des poings de hargne. Sombre désert qui se fait rugueux au coin des paupières. Soupirs en poussières qui hantent de leurs martèlements souterrains, le sommeil des vagues creuses.
Liturgies profondes comme des épaves gisant sur le sable des océans sonores. Chute vertigineuse dans la matrice noire des miroirs où passent des visages comme des froissements fantômes.
Un scintillement de flèches solaires glisse sur l'eau et les pupilles incendiées versent des larmes rouges qui s'accrochent et se déchirent en d'innombrables éclats de rire. Les sources d'amour dégringolent en joyeuses cascades et des anges frémissants naissent entre les doigts enlacés.
La danse des jours et des nuits s'achève sur un silence, percé de mille cris d'oiseaux effarouchés. Les batailles nocturnes laissent des traces, accumulées sous nos yeux dans un repli de chair, mais des sillons creusés par la joie, s'échappent dans toutes les directions. Au firmament intime, brille une étoile malicieuse.
Chaque goutte d'eau reflète le monde et c'est lui qui nous inonde quand les nuages meurent d'avoir trop vécu, se salissant peu à peu pour le plus beau des voyages, jusqu'à crever enfin en flots de vie!
Cette vie qui gémit de plaisir sans que nous l'entendions, juste sous nos pieds!

Hématome crochu

Sous la soie des caresses qui passent comme un souffle sur la peau, quelques larmes attendent que le cœur devienne tendre. Des pointes s'agitent sous la chair et la font tressaillir!
La mémoire, fleuve amer, charrie des ombres, des souvenirs déformés, des souvenirs inventés ! Tous les rêves trahis défilent en longue cohorte et viennent la nuit frapper à ma porte !
L'amour kaléidoscope me fait tourner la tête. Vertige poussé jusqu'à la nausée!
Me voilà, toupie folle lancée vers plus tard, plus tard, jusqu'au jour fatidique où il sera trop tard! Toupie emportée par l'élan jusqu'à la chute inévitable ! Les abîmes sont là et n'attendent qu'un pas de trop pour s'ouvrir sous nos pieds et nous engloutir!
Il y a ces oiseaux qui portent le message des fleurs sous leurs ailes et il y a l'amour qui nous pousse jusqu'à la mort!
Il y a des miroirs qui ne mentent pas, mais on les a recouverts d'un drap noir pour ne pas avoir à supporter le trop vif éclat de la vérité!

Un raté dans le cœur

Au mariage de mes prunelles, j'ai chaussé mes beaux souliers de passion, le cul en colimaçon et du désir plein les mamelles ! Sur le magma frais de la nuit, toutes les étoiles formaient une mosaïque éclatée pour ma tête balbutiante. L'odeur de l'aventure m'enivrait !
Il y avait au fond de ma valise, un vieux brouillon, une veste d'homme, une bouteille, quelques fantômes et leurs bleus désirs de méharée ! C'est de bon cœur que je m'apprêtais à les suivre, hélas, monsieur, en guise de départ, j'entendis pleurer des bombes et je vis l'automne passer sous les rails ! Oui Monsieur ! J'ai donc ôté mes souliers et j'ai même ôté mes pieds avant de me glisser, sans rien de plus à dire, sous cet atome de soupir où vous m'avez trouvée.

© Cathy Garcia

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