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Lectures

La poésie contemporaine

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Emmanuel Hiriart

1

Ceux qui partaient pour l'Amérique
Voyaient-ils la fin de l'aventure
Sur l'autre rive où la vie
Quotidienne les reprendrait ?
Ont-ils seulement été aussi loin
Que celui qui se tient immobile
Entre deux mots tendus sur le silence ?
Un autre pays surgit parfois
D'un outil que le soir arrache
Et rend étrangement inutile,
Etranger aux mains qui le tenaient.
L'inconnu parfois survient par la fenêtre
Opaque soudain
Avec cette beauté des vieux murs
Où la peinture s'écaille,
Semble dessiner une silhouette de femme.

Paru dans la revue Traces

2

Pourquoi est-ce la pierre,
précisément la pierre,
Qui s'accorde à nos coeurs?
Comme la fleur de Dieu
L'étranger
s'élève des pierres muettes
Et froides
Sourde
Et profonde et pourtant lumineuse
La musique romane.

Paru dans poésie/première

3

Je fais un jardin
C'est pour l'abandonner.
Je sème la mauvaise herbe
Et plante l'aubépine ;
D'avance je renonce aux fleurs,
J'offre au temps leurs couleurs.
Quand je reviendrai je serai l'étranger
Que tu serrais dans tes bras,
J'irai m'asseoir à l'ombre d'un noisetier,
Je rêverai ton rire.

Paru dans Traces, repris dans le recueil "toi qui vient de la mer" (editinter 2000)

4

L'immortalité

Sur les photos les grands écrivains
Ressemblent à des épiciers
Des ministres ou plus rarement
Des maîtres nageurs en maillot de corps
Malgré leurs poses songeuses
De vieillards belliqueux
Leurs mines graves d'enfants sinistres.
C'est qu'à force de jouer toujours
Au vieux tarot des mots
On devient un être ambigu
A la façon des chênes
Des rochers et des chiens.
Valait-il la peine d'avoir vécu
Avec ce rêve saugrenu qu'un jour
Emu par le grain d'un papier vieilli
Un lecteur inconnu
Découperait le livre jauni
D'un auteur méconnu
Et le trouverait bon ?

Paru dans le journal des poètes

© Emmanuel Hiriart, les revues et éditeurs nommés

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