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Lectures

La poésie contemporaine

Patrick Joquel, comme en 2001, une série de poèmes dans la compagnie du skeapper Van den Hedde (vdh).

Lire aussi

"Cisaille définitive" (la version intégrale du texte sur vdh)

Tentative vdh 2001

L'écriture au grand large

Patrick Joquel

En attendant que le titre se révèle : VDH semaine 1

1

Je m'installe avec le désir d'écrire au bout des doigts

L'écriture
hésite à se lancer

Les premiers mots tracés
je ne sais rien du poème en train de naître

Du voyage à venir
tu ne sais rien non plus
sinon ce trait idéal sur le planisphère

Ecrire ou partir
Tout reste à tracer toujours
Tout reste à franchir encore

Tenir l'écriture jusqu'à son achèvement
Tenir le cap contre vents contraires

A chaque vers
à chaque vague
le choix toujours renouvelé du mot juste
et de la trajectoire

Avec toujours
en filigrane
au revers de la vague et du geste
une hantise
celle de ne pas réussir la confrontation

N'est ce pas aussi cela qui nous pousse en avant plus sûrement
que les vents ou les courants de l'imagination ?

Ce désir de tenter contre soi et le facile immobile
une vie un peu plus incertaine

Façonneurs d'impalpable
l'imprévisible nous résiste autant que nous le partageons

Arpenteur d'océan ou de papier
nous jouons avec les blancs

Les mots
que nous ramenons des lointains nous accompagnent
comme les petits lampions colorés de nos enfances

2

Parfois tout faseye autour de soi excepté son cœur
on aurait tort de s'en plaindre
cependant
les poumons ne suffisent pas pour gonfler la voile
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On est là
crayon en main
et main à l'écoute

Le regard perdu dans l'infini

Tout clapote autour de soi
on ne touche aucun mot
on attend
prêt à bondir au moindre frémissement

3

La nuit
sous ton édredon d'étoiles
et ta peluche au cou
comme un petit homme au lever de l'espèce
tu regardes

On ne se méfie jamais assez des étoiles
qu'elles soient dans le ciel
ou dans les yeux des hommes
Elles éclairent si bien nos doutes
qu'elles nous poussent en avant
et depuis si longtemps

Etre
en mouvement
signe notre présence au monde

Le mot fin n'existe que pour inaugurer un nouvel élan

Vivre est aussi bon que fragile
aussi certain qu'improbable
et seul nos rêves sont à la hauteur des infinis qui nous abritent

 

vdh semaine 2

équateur
zone aléatoire
où l'histoire hésite
pot au noir
sinistre mémoire
ainsi
comme un grain soudain
le passé revient gifler le présent
qui peut se vanter
de toujours échapper à ses fantômes
nous les installons
tant bien que mal
à la place du pauvre
pour continuer de les apprivoiser
encore un peu mis
nous n'oublions rien
de la douleur
nous vivons avec elle
et nous tentons
de la rendre fertile
afin d'apaiser le futur
quand le pont du poème
à nouveau gîte
et que le chant de l'étrave écume autour de nous
écoute en main
nous bordons la voile
et reprenons confiance en notre humanité


© Patrick Joquel novembre 2003

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