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Raphaël Monticelli et les livres d'artistes (entretien)

Raphaël Monticelli en notes de lecture

Raphaël Monticelli

Ouvre-moi cette porte

pour Angelo B.

I

Ouvre-moi cette porte que je renaisse de l'envol des poussières
m'éblouisse de leur tournoiement

je ne pleure pas ma jeunesse
je tais la jeune mort en moi
ce silence
cette immobilité
cette douleur étouffée de honte
la neige des oiseaux atteints en plein vol par la mort
Sous cette croûte qui mêle des restes de peau et des feuilles de sel
un dieu s'est déployé

II

Donne-moi cet espace rude
ivoire nid où les doigts se déchirent
derrière le tremblement des voiles d'eau

ils laissent un fouillis de saisons
des traces d'épines et de ronces
des brassées d'herbes et de fleurs

la corne des fruits l'hésitation des feuilles le lamento des branches l'hiver
dans le laboratoire intime des couleurs remue du monde ce souvenir purifié quand les formes s'estompent
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III

Aide-moi à percer le secret de la boue nid du texte à venir
sa placidité sous la lune dans la densité à peine plus fortement marquée de la pâleur
sa sérénité
sa subtilité
la douceur de sa caresse
et cette patience qu'elle a quand le feu l'aspire que se dessine le repli du voile
ombre ivoire nacre sable craie nuage
elle rend aux yeux la fouettée des flammes et l'éblouissement des émaux
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IV

Dis-moi l'ambiguïté des dérobades de l'eau
voile ivoire sable nuage

Elle accompagnait sa fuite vers les falaises de Leucate
et modulait à lèvres closes
écume
les airs légués par nos disparus
fumées humides

Les feuilles alors frémissaient doublement
les galets roulaient
et les sables
pierre glacier
algues et nymphéas l'ont accueillie et, l'enveloppant de leurs amples mouvements, ont fait leur nid de sa bouche

V

Rappelle-moi le tremblement du kaolin
l'odeur des bitumes bouillants
la vapeur des pierres
et ce halo d'espace vibrant traversé de violences
l'île où repose ce qui fut mon corps enfant

cette approche retenue de la fusion
cette attente sourde sous le ciel
et les murmures animaux qui les peuplent

VI

Révèle-moi merveille ces feux qui veillent sans brûler
en haut des doigts des navires des crânes
dans la prière des voyages et des langues

Ils arrachent aux ombres saisies par la pierre du temps les éclats de la plume et du sommeil sur le front glacé des mémoires.

VII

Apprends-moi l'expansion des photons sur la rive de sel blanc
le grand fleuve des ondes

C'est l'envahissement du regard
quand cet écoulement radieux heurte les choses du monde
c'est le roulement lapidaire de l'écume
son ivoire s'estompe sur le sol
c'est l'éblouissement sans fin entre iris jacinthes jonquilles

rhododendrons et résédas se mêlent au fond de la gorge l'odeur du jasmin et du lilas et celle des roses légère et palpitante comme un crâne de nouveau né

VIII

Libère le poème de l'air
sa basse continue
ce rythme de l'infloraison et de la défloraison

il règle les palpitations et les impulsions les lueurs incertaines de l'aube
le scintillement de la nuit

c'est lui qui s'infiltre dans les moindres molécules
montagne foudroyée
et leur accorde quand il ne reste plus que des replis d'ombres
cette capacité d'emprisonner la juste mesure de lumière qui les rendra visibles différentes chatoyantes et changeantes
souvenir purifié enfin aux yeux du monde

© Raphaël Monticelli

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