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Dominique Sorrente en notes de lecture

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Quelques pages à la volée

par Dominique Sorrente

 

Ecrire

avec la sentinelle du regard.

 

Ecrire sous les pinces

du crabe maladroit.

 

Ecrire parmi les kilos de silence

pour libérer un jour

la plume d'un ange de fortune.

 

Ecrire comme on salue

un arc-en-ciel

régnant en pleine mer.

(catalogue de l'exposition Voix, poème, encre & compagnie, 1999)

 

Chanson pour l'étranger

 

Il a toujours une frontière à donner,

un oiseau pour s'enfuir au réveil,

un mal d'étoiles

qui se nourrit de fées.

 

Il voyage. La multitude

le remplit, le papillon mourant l'appelle.

 

Il voyage

dans la sympathie des ailes.

 

Il sait espérer d'un ruisseau

sous l'automne aux feuilles noires.

 

Tout à la fin, il te donnera en filon

son corps qui est cocagne.

(Paraboles à l'orient du coeur, Froissart, 1998, p.21, ISSN 0338-0734) airplane games

 

Notre butin est un peu de sable

pour la blessure,

de quoi tenir en éveil

l'ultime cercle qui reste à notre portée.

 

Chiffons, pauvre monnaie,

plan de la vieille île,

que sais-je encore ?

 

Un rythme se poursuit

toujours plus fulgurant

sur la chaleur confinée.

 

Ici l'attente est allumée.

Il y a une liesse provisoire

mais féconde, dans les coquillages

que l'on approche de l'oreille.

(La lampe allumée sur Patmos, Cheyne, 1982, épuisé, p.17)

 

Elle a posé

ses mains sur la légende des fatigues,

troublée

et désormais au centre du tableau.

 

Les noms seront venus plus tard

dans les lames du labyrinthe,

laissant les signes d'encre pour le sommeil.

 

Sur le front lisse

de la fille d'hiver, nous grandirons

en récitant,

pour ceux qui tressent notre vie,

la chevelure de la comète.

(Une seule phrase pour Salzbourg, Cheyne, 1994, p.50, ISBN 2-903705-82-8)

 

Ce sont

des paroles de verre à blanc,

des femmes en liesse embarquées enfin pour le retour.

 

Elles font tinter leurs bracelets.

Elles flottent dans leurs géométries.

Elles cherchent à l'envers,

elles s'installent sur le monde,

la bouche en cri d'amour gagné,

elles sont les invitées libres au premier jour,

elles ont leurs entrées dans la mer,

elles rient

pour quand la nuit d'été,

fissure de l'ombre,

les plombera à sa juste chaleur.

(Le petit livre de Qo, Cheyne, 2001, p.53, ISBN 2-84116-056-4)

 

Il me fallait entrer dans l'âme de Qo pour ouvrir la fenêtre à nouveau. Parce qu'il est là plus qu'on ne saurait dire, il me travaille, chambre après chambre. Il sait qu'il y a un temps pour détruire et un temps pour bâtir. Mais il sait plus encore : que cette parole-là réunit les deux temps en une même phrase.

Non vraiment, la tâche du poète n'est pas d'embellir l'instant, pas plus que de le mimer. Son plaisir et son risque seront toujours de faire route vers la source du réel où vivent nos eaux mêlées.

Où la poésie, toujours à naître, se tient en sentinelle.

(Le petit livre de Qo, Cheyne, 2001, p.74, ISBN 2-84116-056-4)

 

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