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Revers du réel

Ce texte a été écrit après une visite de l'exposition Pierre Soulages aux abattoirs de Toulouse (17 novembre 2000 - 18 février 2001). Il a été publié à 200 exemplaires en décembre 2001 par les soins d'Yves Perrine (éditions La Porte) pour sa revue Poésie en voyage. weed in your system to pass urine test is false positive urinalysis

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Revers du réel

Sur Pierre Soulages




"Lors je m'en vais comme l'aveugle dans sa nuit
Ne sait pas où il va et quand même s'avance"
Pétrarque (Canzoniere, XVIII)
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Lors je m'en vais
la terre est nue

lors je m'en vais sur une terre nue
comme l'aveugle dans sa nuit pauvrement
cela n'a pas de nom
lors je m'en vais

comme l'aveugle je m'en vais
je n'entends rien de ses paroles
est-ce l'écho ce bruissement
imperceptible de la source ?
j'habite ma nuit pauvrement

cela ne finit pas
cela ne finit pas
s'étire en langueur
emprunte des routes au hasard
s'engage dans l'impasse
rebrousse chemin
ne néglige aucune des sentes sinueuses
la nature a repris ses droits voici déjà longtemps

cela ne finit pas
cela ne finit pas
heurte les pierres
se mêle aux buissons épineux
aux broussailles
recherche les traces effacées
et rarement dans ce périple une vue portée loin devant

cela que je ne puis nommer s'enfuit
lors je m'avance
cela est noir
de biais offre un miroitement bleuté
cela dérive
terre et mer enlacés
cela ne finit pas
cela ne finit pas

lors je m'avance comme l'aveugle dans sa nuit

pour voir le réel il faut
gratter
gratter
enlever l'écorce revêche
gratter
s'arracher les yeux
et puis gratter encore
avoir l'audace du noir

gratter
gratter

cela ne finit pas
guetter
veiller au signe
guetter
gratter
cela ne finit pas
gratter
ôter la peau

lors je m'avance
par où faut-il entrer
trouver la clé
passer la porte
outrepasser
cela fait une nuit de son silence
dissimulé
se perd dans l'obscur
noir
bleuté
un rai de lumière
une retenue
cela ne finit pas
se déplace
apparaît
disparaît
confondu
noyé
cela s'est retiré
comme le jour la mer
le jour nu sur le sable
la mer ses moires
épuisé
éventé
perdu
sur une terre nue

l'aveugle pauvrement
et quand même s'avance
où l'incertain palpite
où il va dans sa nuit
ne sait pas
ne sait pas
où l'oiseau feu vole nos larmes
où résonnent les armes
sur la mer les bateaux ont abattu leurs voiles
rien ne se donne à voir
ne sait pas
ne sait pas

cela a déserté le pays noir
le pays fleuve
de mourantes saisons l'hiver s'est amoindri
comme la mer le jour
perdu
cela s'est refusé
n'a consenti que bribes
étoilements
au revers du réel
la poésie
parole errante
la désireuse
chercheuse d'or

cela s'est tu
cela m'a fui
je crois que cela m'a détruit

comme l'aveugle pauvrement et quand même s'avance
je ne sais plus vraiment ce qui me dévisage
cela avait posé son regard sur la pierre
un abri dans le ciel privé de sa chaleur
cela s'était voué à tant de solitude
cela s'était perdu dans les moissons de l'habitude

illusion !
la douleur des cailloux à mes pieds
illusion !
la sueur à mon front
illusion !
le dos rompu
illusion !
la soif à mes lèvres
illusion !
ce voyage
illusion !

cela a déserté le pays noir qui ne dit pas son nom
lors je m'avance
aveugle
nu
dans ma nuit
pauvrement

© Serge Bonnery - Leuc, mars 2001

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