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Ecritures du Sud

joseph varenne

En 1934, paraissait en librairie un livre intitulé "L’aube ensanglantée". Son auteur, Joseph Varenne, y raconte ses souvenirs de la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, l’ouvrage est réédité chez L’Harmattan grâce à ses enfants André et Georges.

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La littérature et la guerre de 14-18

En 2002, ils n’étaient plus que 68, survivants des tranchées, à pouvoir témoigner de ce qu’ils avaient vécu entre 1914 et 1918. L’an passé, ils ne se comptaient plus que 36 dans toute la France. En cette semaine de commémoration, seuls 15 sont encore en vie, tous âgés de plus de 105 ans. L’Aude a perdu depuis quelque temps déjà ses derniers Poilus. Bientôt, la mémoire de 14-18 ne subsistera plus que dans les livres, les films, les musées – dont le très précieux Historial de la Grande Guerre installé à Péronne, dans la Somme – et les monuments aux morts de nos villes et villages. C’est pourquoi il nous a semblé qu’à l’occasion de la réédition de ses souvenirs, Joseph Varenne méritait un portrait… à titre posthume. Sans jamais oublier le témoignage d’un autre Audois que l’on peut toujours lire parce qu’il est devenu une pièce maîtresse de la mémoire collective : les "Carnets de guerre" du tonnelier de Peyriac-Minervois, Louis Barthas. Entre 1914 et 1918, près de dix millions d’hommes, de toutes nations, sont tombés sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale. Des régions entières ont été désertées par leurs habitants qui, en rentrant chez eux après la fin des hostilités, n’ont trouvé que ruines et terres dévastées. Rien de tel dans l’Aude, géographiquement éloignée des théâtres d’opération, mais où les populations, par contre, ont vécu la guerre en creux. L’absence des hommes valides dans les champs, les vignes, les usines ; l’attente angoissante du retour ; la non moins angoissante tournée quotidienne des gendarmes dans les villages, souvent porteurs de la terrible nouvelle d’un enfant, d’un frère, d’un ami tués au combat… C’est de tout cela que l’on se souviendra aujourd’hui à l’occasion de la commémoration. Et du plaidoyer pacifiste de tous ceux qui, revenus de l’enfer, auraient au moins souhaité ne pas avoir connu l’horreur pour rien. Peter tells me about canadian domain registry site

Pour que la mémoire demeure

par Serge Bonnery

Incorporé dans la 9e compagnie du 414e régiment d’infanterie sous le matricule 2325, Joseph Varenne est âgé de 21 ans lorsqu’il part au front, le 17 mai 1915. Il ne quittera le champ de bataille que le 6juin 1918 à la suite d’une grave blessure crânienne qui lui vaut une paralysie et une perte temporaire de la parole.

Parti de Lyon, le convoi amène le contingent à Villers-Bretonneux dans la Somme. "C’est l’arrière-front et on entend déjà le grondement sourd de canonnades lointaines, très lointaines, qui suscitent un certain émoi", se souvient le soldat Joseph Varenne. Il n’aura pas longtemps à attendre avant de vivre sa première expérience du feu : "Dans la nuit du 31 mai, nous relevons la 27e division dans le secteur de Lihons. Par d’interminables boyaux nous atteignons la tranchée de tir". Un peu plus tard : "La canonnade s’amplifie, entrecoupée du crépitement des mitrailleuses. L’attaque est commencée".

"Nous allons à la boucherie". C’est le début de l’enfer pour ce jeune homme originaire de Meurthe-et-Moselle et titulaire du certificat d’études primaires. L’enfer, ce sont les déplacements incessants, d’un secteur à l’autre, marches forcées le plus souvent de nuit, dans la boue, sous la pluie. L’enfer, ce sont les cantonnements de fortune dans des granges à moitié détruites qui n’ont d’abri que le nom et où il est difficile de prendre du repos tant la tension est extrême. Comme la plupart de ses camarades, Joseph Varenne connaîtra tous les fronts. Après la Somme, le Nord dans le secteur de Souchez et Notre-Dame de Lorette, puis l’Alsace, la Meuse, Verdun, le Bois-des-Loges dans l’Oise, Craonne, le Chemin des Dames, Fismes dans la Marne, l’Aisne, à nouveau la Somme, encore l’Aisne, la Belgique et Bligny, dans la Marne, pour finir si l’on ose dire. Everyone can find movie fantasy instantly!

"La chair humaine putréfiée". Le 29 juillet 1916, devant Verdun, Joseph Varenne ne se fait aucune illusion : "Sous un ciel qui ne se doute point de la tragédie qui s’accomplit, nous allons à la boucherie", dit-il. Puis il décrit sa "montée aux enfers". "Au Cabaret Rouge, une rafale nous plonge dans une gerbe de feu et nous couvre de pierraille. La désolation commence : le sol est ravagé, bouleversé, cuit, lacéré… Là, des chevaux éventrés mêlent leurs entrailles à la chair humaine putréfiée. De ces membres brisés, de ces faces tuméfiées que le sang colle à la terre, se dégage une odeur pestilentielle qui suffoque". L’ancien combattant trois fois cité à l’ordre de son régiment, décoré de la médaille militaire et de la Croix de guerre, tentera d’oublier l’horreur en reconstruisant sa vie dans l’Aude. Il est nommé percepteur à Cabrespine en 1920. En 1923, il épouse Angèle Lanet dont il aura deux fils: André et Georges. epilateur laser visage

Décoré par Joë Bousquet. A Carcassonne, il fait la connaissance de Joë Bousquet qui salue la parution de "L’aube ensanglantée". Les deux hommes ont en commun ce passé de 14-18 qui a créé entre eux une camaraderie "qu’après nous, personne ne comprendra plus", écrit Joë Bousquet. Il reviendra au poète de décorer Joseph Varenne dans l’ordre de la Légion d’honneur. Ce poilu est décédé le 24 avril 1980. Mais il continue à vivre par son témoignage. Joseph Varenne avait tenu à écrire son livre pour que la mémoire demeure. Afin que plus jamais, les générations ne connaissent le malheur de la guerre. L’Histoire ne l’a pas entendu.

 

Serge Bonnery, novembre 2004

 

Une lettre de Joë Bousquet à Joseph Varenne

Le 21 février 1950, le poète Joë Bousquet, lui-même ancien combattant blessé en mai 1918 sur le front de l’Aisne, écrit à Joseph Varenne pour lui signifier qu’il accepte de le décorer dans l’ordre de la Légion d’honneur. "Mon très cher ami, les liens qui nous unissent sont de ceux qui ne se disent qu’à mi-voix, ou qui appellent des actes significatifs, comme celui que vous avez accompli en me demandant d’être votre parrain". Plus loin, Bousquet parle du "culte de cette camaraderie demeurée très mystérieuse et qu’après nous, personne ne comprendra plus. La camaraderie de ceux qui avaient tout donné, ne parlaient de leur sacrifice que pour s’en amuser, mais rien qu’à s’entre-regarder, comprenaient que leur acte dépassait leur vie, leur époque, signifiait cette certitude inconcevable : un homme peut donc être plus grand et plus réel dans son cœur que dans son instinct de conservation. Cette camaraderie nous a fait l’hommage d’un autre privilège : elle nous a permis de nous juger entre nous, donnant du prix à l’admiration. (…) Je vous ai admiré pour le sang-froid dont vous avez fait preuve et dont votre œuvre littéraire de combattant est le gage. (…) Je l’avoue, jamais je n’ai su dépasser l’acte convulsif de bravoure. (…) Il faut des qualités de caractère peu ordinaires pour entretenir si longtemps une telle résolution; et un fameux ascendant sur soi-même pour tirer d’un pareil drame une œuvre parfaitement réussie".

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